Vert clair



Vert clair



Après les chiffres de l’emploi d’une grande facture vendredi dernier, la FED, sera confortée dans son positionnement d’attente. La liste habituelle et anxiogène des menaces pesants sur l’économie américaine sera encore déployée, certes avec une crédibilité relative, pour continuer d’assurer le marché d’un soutien sans faille. La conférence de presse de ce soir, concluant les 2 jours de réunion monétaires de la FED, contrairement à celle de l’an dernier, où le « pilotage automatique » de la politique monétaire avait contribué à la glissade du marché, n’aura d’intérêt que dans la publication des prévisions de croissance, de taux de chômage et d’inflation. Les interventions de la FED sur le marché du REPO seront peut-être davantage précisées, les ‘fedwatchers’ tenteront bien d’analyser la sémantique du communiqué final, mais clairement l’intérêt sera marginal.


En revanche, la conférence de presse de la nouvelle présidente de la BCE demain, devrait susciter si ce n’est de l’intérêt, au moins de la curiosité.


Sur le fond, sauf surprise de taille, il n’y aura pas grands choses à attendre de la BCE. Sur la forme cependant, Christine Lagarde, consciemment ou pas, devra imposer un nouveau style.


La présidente de la BCE qui se définit humblement comme étant en « phase d’apprentissage accéléré » (pas forcément très rassurant quand on occupe une position avec une telle responsabilité. On image la réaction des passagers d’un avion si leur pilote indiquait qu’il est en phase d’apprentissage accéléré) a déjà prévenu que l’institution dont elle a désormais la charge devait être à la portée de tous, et qu’un devoir pédagogique lui incombait. Il est loin le temps où Alan Greenspan, président de la FED (de 1987 à 2006) déclarait « Si quelqu’un à compris quoi que ce soit à ce que je viens de dire, c’est que je me suis mal exprimé !».


Les intervenants ont pour habitude de disséquer chaque mot pour tenter de préjuger des futures actions des banques centrales.


Mario Draghi était un maitre en la matière, arrivant à distiller des messages forts, bien au-delà des mesures concrètes. La difficulté pour la nouvelle présidente sera donc de manier, rapidement, cette subtilité des annonces. Quand Christine Lagarde annonce « j'essaie d'apprendre l'allemand, mais j'essaie aussi d'apprendre le langage des banques centrales, pour ne pas décevoir ceux qui pensent que chaque mot porte le poids de cent ans de politique monétaire » elle prévient très clairement les intervenants, mais il est loin d’être acquis que cet avertissement sera considéré, si par mégarde sa rhétorique lors de sa 1ere conférence de presse demain est moins efficiente.


Les effets secondaires (négatifs) des taux bas occupaient de plus en plus de places lors des 2 dernières conférences de presse de la BCE, aussi il faut s’attendre à ce que les journalistes (et le marché) testent la présidente lors des questions réponses à l’issu de la réunion des gouverneurs.


Les tensions sont fortes au sein de la BCE surtout depuis la mise en place d’un nouveau programme d’assouplissement quantitatif. L’entregent prêté à Madame Lagarde sera assurément utile, pour tenter de réconcilier les susceptibilités des membres et pérenniser la crédibilité de l’institution. La recherche d’un « consentement unanime sur les décisions » semble être une vraie priorité de la nouvelle dirigeante.


Elle a également annoncé que les objectifs de la BCE et sa fameuse boite à outils, seraient évalués, dès jeudi. Elle œuvrerait également pour une plus grande transparence, notamment en publiant le décompte des voix (comme le fait la FED).


Mais c’est surtout sur sa capacité de convaincre les pays européens d’un plan de relance budgétaire que la patronne de la BCE sera attendue par le marché. Ce n’est bien évidement pas dans le mandat de l’institution, mais la présidente à déjà, à plusieurs reprises, confronté les dirigeants politique à leur responsabilité sur le sujet.


Alors que les actions de la BCE n’ont pas été inclusives en terme de croissance, n’ont pas permis d’atteindre les objectifs d’inflation (ceux-ci pourraient être redéfinis très rapidement), et ont incité les États à repousser les reformes structurelles nécessaires (du fait d’un financement des déficits à taux négatif), un plan de relance budgétaire européen (ou à minima germano-néerlandais) semble être la mesure salvatrice européenne.


La BCE pourrait donner cette impulsion, symboliquement pour le moment. Christine Lagarde, qui souhaite intégrer le changement climatique au sein des objectifs de la BCE, a ainsi déjà annoncé que le refinancement des banques serait plus favorable aux établissements qui apporteraient en dépôt des actifs « verts ». Dans le cadre des achats mensuels de 20 milliards, elle a également fait part d’une attention particulière pour les obligations vertes.



Elle sera aidée dans cette mission par la présidente de la commission européenne, Madame von der Leyen. Cette dernière présente ce jour son « pacte vert » dont l’objectif principal, moyennant l’utilisation de 25% du budget européen (soit 40 milliards d’euro par an), est de faire de l’Europe un continent neutre en carbone d’ici 30 ans.


Alors que Greta Thunberg, vient d’être désignée comme personnalité de l’année par le magazine Times, la dimension écologique que souhaite introduire les 2 femmes les plus puissantes d’Europe (Madame Lagarde et Madame von der Leyen), s’inscrit certes dans l’air du temps, mais il faudra un peu plus qu’un saupoudrage vert pour non seulement mettre un terme à l’opposition entre écologie et croissance, mais surtout pour insuffler une dynamique économique, que les outils traditionnels de la BCE peinent à produire.



Olivier Armangau




Les thèmes de la semaine



Marchés européens


Les marchés européens finissent en hausse vendredi soir à la suite de la publication d’un chiffre de l’emploi américain largement au-dessus des attentes, mais ils affichent une certaine prudence à l’approche de la date du 15 décembre, qui doit voir entrée en vigueur les nouveaux droits de douanes américains sur les importations chinoises, ou les reporter voire les annuler.



Encore du bruit autour de l’accord de phase 1


Déjà loin du délai de trois semaines estimées pour l’atteinte de l’accord de phase 1 annoncé le 11 octobre dernier, Donald Trump déclarait fin novembre que l’accord était potentiellement très proche avant d’annoncer la semaine dernière qu’un accord pourrait attendre les élections présidentielles de novembre 2020. Deux jours plus tard, jeudi 5 décembre, il déclarait à nouveau que les pourparlers avançaient très bien…


À ce stade, les discussions semblent dans l’impasse et rien ne plaide en faveur d’un accord avant la date buttoir du 15 décembre. Pour rappel, ces nouveaux droits de douanes de 15% porteront sur 160 milliards de dollars et viendront compléter les 360 milliards de dollars de tarifs déjà imposés pour toucher la quasi-totalité des produits chinois importés aux États-Unis – 540 milliards en 2019.


Face à ces négociations difficiles, mais à la volonté partagée par les deux nations de parvenir à un accord, le scénario le plus probable actuellement est un report de la mise en place des taxes. Une trêve dans l’escalade des tensions commerciales semblerait être l’objectif poursuivi par les deux pays, selon le Wall Street Journal ce mardi.


Une trêve avait également été observée en juin dernier et cela n’avait rien apporté, au contraire. Les impositions de taxes douanières avaient été augmentées. Certains analystes estiment cependant qu’un accord pourrait être signé à la dernière minute.


Enfin, il reste la possibilité qu’aucun accord ni délai ne soit adopté et qu’ainsi les droits de douanes soient mis en place. Ce scénario serait plutôt fortement négatif pour les marchés qui ont déjà intégré une amélioration des relations lors de l’annonce de cette « phase 1 ». La confiance des consommateurs et l’investissement des entreprises s’en trouveraient fortement affecté.



Le Brexit aurait-t-il finalement lieu


Les sondages sont nettement en faveur du parti conservateur de Boris Johnson à la veille des élections générales. Dans le cas où les conservateurs remporteraient la majorité au parlement cela permettrait à Johnson d'adopter son accord Brexit et de retirer le Royaume-Uni de l'UE le 31 janvier, et mettre enfin un terme à l’interminable Brexit.



La Livre, semble déjà intégrer la victoire des conservateurs, et la sortie de l'UE au 31 janvier 2020. Elle se situe à son niveau le plus élevé depuis plus de deux ans face à l’euro.




Relations franco-américaines


En réponse à l'instauration de la taxe numérique - également connue sous le nom de taxe Gafa pour Google, Amazon, Facebook et Apple - par la France, l’administration Trump a déclaré que celle-ci frappe injustement les entreprises technologiques américaines et a annoncé des contres mesures.


L’administration américaine a menacé d'imposer des droits de douane additionnels pouvant aller jusqu'à 100% sur environ 2.17 milliards d'euros de produits. La liste comprend des produits tels que le roquefort, les yaourts, le champagne, le maquillage, les sacs à main ou encore les articles de cuisine. La proposition doit encore être validée par Donald Trump.


Toutefois, la France ne semble guère intimider, et son ministre des finances, monsieur Le Maire a déclaré ce week-end que la France est prête à aller à l’Organisation mondiale du commerce pour se défendre. Il a déclaré que les sanctions proposées n'avaient « aucune base légale » puisque la taxe sur les services numériques n'est pas « discriminatoire » et affecte également les entreprises françaises, chinoises et européennes.


Celle-ci consiste en une taxe de 3% sur le chiffre d'affaires numérique des entreprises qui réalisent au moins 750 millions d'euros au niveau mondial et 25 millions en France.



Aymeric Graindorge




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