Sans fin



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Comme les semaines précédentes les mêmes arguments permettent de justifier des mouvements de marchés…contraires. Ainsi l’évolution de la pandémie et le retour du confinement pèsent sur les perspectives économiques et donc un jour sur deux on justifie ainsi la baisse du prix du pétrole, ou la hausse du prix de l’or.

Mais ces mêmes perspectives sombres sont encore et toujours un soutien pour le marché action qui continue de voler de record en record, toujours porté par les mêmes histoires d’avancées sur le traitement / vaccin et du nouveau plan de relance américain (qui semble se confirmer).

C’est quand même édifiant de voir que chaque jour ou presque le marché se base toujours sur les mêmes éléments pour justifier une nouvelle séance haussière.

Dans cet esprit de béatitude, les premiers résultats des banques américaines montrent sans surprise des provisions pour créances douteuses importantes mais les résultats de trading permettent de les éclipser et donne du nouveau carburant haussier.

Alors que les professionnels identifient toujours les relations sino américaines comme le principal risque pour le marché, l’optimisme est à ce point élevé que même le retour de la rhétorique belliqueuse du président/candidat Trump envers la Chine ou l’Europe, n’a plus aucune conséquence sur la perception du risque. Que Trump annonce qu’il n’est pas intéressé à discuter de phase 2 avec la Chine ou qu’il confirme la fin du statut privilégié accordé à Hong Kong, le résultat est le même. La poursuite de la hausse.

D’après les statistiques chinoises publiées ce matin, la croissance du pays s’affiche en progression de 3.2% sur un an mais alors que l’empire du milieu a été relativement épargné par la Covid-19 (du moins aux regards des statistiques officielles) et que le déconfinement est intervenu bien avant le reste du monde, les ventes au détail enregistrent cependant une 5ème baisse consécutive mensuelle. Très loin du retour à la normale que ‘price’ les marchés depuis des semaines. Mais finalement, comme tout le reste, le marché n’y accorde qu’une importante relative, pour ne pas dire…aucune !

Même ‘analyse’ sur le sujet Biden. Ses velléités fiscales qui inquiétaient jadis (alors qu’il n’avait qu’une infime avance sur Trump) sont désormais totalement hors de propos alors qu’il devance désormais son rival de manière substantielle. Ce revirement se justifie par la Covid-19, encore elle. Le marché considère désormais que Biden n’aura pas d’autre choix que d’avoir une approche fiscale modérée tant la situation économique est fragile. On notera donc que la situation économique fragile n’inquiète pas le marché action, mais qu’au contraire elle lui permet de s’apprécier parce que cela sera un élément de modération fiscale. Biden toujours, on nous ressort une nouvelle fois…le plan de relance en infrastructures ! et finalement on se rassure encore sur sa capacité de gérer les relations avec la Chine.

Finalement Biden ou Trump le marché a toujours l’argumentation favorable à faire valoir pour ‘expliquer’ la hausse.

La BCE cet après-midi était aussi une belle démonstration de la pertinence actuelle : la sempiternelle rengaine qui produit les mêmes effets.

L’institution exhorte donc, encore et toujours, les dirigeants européens (qui se rencontreront vendredi) à mettre en place un plan de relance conséquent, car les limites de la politique monétaire sont atteintes. Également, Christine Lagarde adresse des critiques polies à l’endroit des Pays-Bas, de la Suède, du Danemark et de l’Autriche toujours ouvertement hostiles au plan de relance européen.

Comme toutes les institutions, la BCE fait part de la grande incertitude quant à la capacité de recouvrement économique : Elle estime une contraction du PIB de 8.7% pour cette année et une croissance de 5.2% en 2021.

Cela amuse visiblement le marché qui continue toujours de parier sur un retour à la normale très rapide (beaucoup plus rapide donc que les projections des économistes) et qui voit systématiquement dans chaque statistique des éléments qui militent en faveur de cette conviction.

Puisqu’il semble totalement incongru de s’interroger sur la pertinence de ce rallye et que chaque nouvelle est un élément supplémentaire de conviction haussière, on va finalement devoir admettre que les arbres montent aux ciels.



- Olivier Armangau


Les thèmes de la semaine



Marchés européens


Les nouvelles positives sur les traitements et vaccins du Covid-19 ont poussé les marchés à la hausse donnant l’espoir d’une solution et d’un retour rapide à la normal. La forte réaction des marchés montre à quel point les investisseurs sont impatients de trouver un remède bien que ces nouvelles se basent sur des résultats préliminaires. L’Eurostoxx gagne 1.71% sur la période.




« Bonnes nouvelles sur les vaccins ! »


Des données positives sur les vaccins expérimentaux contre le Covid-19 ont été dévoilées en ce début de semaine lorsque Moderna a révélé ses premiers résultats et que les nouvelles découvertes de l’Université d’Oxford – rival dans la course aux vaccins – ont été signalées comme imminentes.

Le vaccin de Moderna a produit des anticorps sur tous les patients testés lors d’essais de phase I tandis que les premiers résultats des tests d’un vaccin de ceux de l’Université d’Oxford seront publiés dès jeudi.

« La bonne nouvelle est que ce vaccin a induit des anticorps », a déclaré Anthony Fauci, directeur de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses. De plus, il a qualifié les données de Moderna de « vraiment très prometteuses ». D'autres experts ont toutefois fait preuve de prudence quant aux effets secondaires. En effet, les essais ont provoqué un taux élevé d’effets secondaires chez les patients dont trois qui ont eu des réactions graves. Il convient également de noter que la nouvelle provient d'une étude précoce impliquant un nombre relativement restreint de patients, 45 seulement.

Même s'il semble qu'il reste encore beaucoup de travail à faire sur le front du vaccin, la forte réaction du marché montre à quel point les investisseurs sont impatients de trouver un remède. En effet, la nouvelle des résultats prometteurs a contribué à faire monter les actions de la société de plus de 17% dans les échanges avant l’ouverture des marchés. Plus généralement, ces nouvelles ont encouragé les investisseurs à envisager le potentiel du vaccin pour aider l'économie à se remettre sur pied.

Les États-Unis et la Chine dérivent tranquillement vers une guerre froide 2.0


Les tensions entre Pékin et Washington, qui sont croissantes depuis plusieurs mois, prennent un autre tournant depuis début juillet.

Alors que la Chine avait pratiqué des manœuvres militaires dans une zone contestée de la mer de Chine méridionale au début du mois de juillet, la marine américaine a déclaré ce lundi avoir dépêché deux porte-avions dans la zone « pour soutenir un Indo-Pacifique libre et ouvert ».

Le secrétaire d’État, Mike Pompeo, a déclaré lundi que les États-Unis considéraient les revendications territoriales de Pékin en mer de Chine méridionale comme illégales et a accusé Pékin de « mener une campagne d'intimidation ». Il a par ailleurs précisé qu'un tribunal de la cour permanente d'arbitrage de La Haye avait jugé en 2016 que la Chine n'avait pas de base légale pour revendiquer des droits historiques sur cette zone.

Un autre point d'inflexion est apparu mardi avec le gouvernement britannique qui est revenu sur sa décision et a annoncé que les équipements fabriqués par le géant technologique chinois Huawei seraient interdits sur les réseaux 5G du pays d'ici la fin 2027. L'administration Trump s'est d’ailleurs félicitée de ce revirement qui limite davantage l'empreinte mondiale de Huawei.

Ensuite, ce mardi également, le président Donald Trump a signé une loi visant à imposer des sanctions à la Chine en réponse à son ingérence dans l'autonomie de Hong Kong, ainsi qu’un décret mettant fin au traitement préférentiel dont Hong Kong bénéficie depuis longtemps.

Enfin, le secrétaire d'État Mike Pompeo, citant des violations des droits de l'homme, a déclaré ce mercredi que les États-Unis allaient imposer des restrictions en matière de visas aux entreprises technologiques chinoises. M. Pompeo, qui a déjà décrit Huawei et d'autres entreprises soutenues par l'État chinois comme des « chevaux de Troie pour les services secrets chinois », a déclaré que ces mesures devraient servir d'avertissement pour les autres entreprises technologiques qui feraient affaires avec l’entreprise.

Ainsi, en quelques semaines, l'administration Trump a imposé des sanctions sur les politiques punitives à Hong Kong et dans la région occidentale du Xinjiang en Chine. Elle a pris de nouvelles mesures pour étouffer l'innovation chinoise en la coupant de la technologie américaine et en poussant les alliés à regarder ailleurs. En ce début de semaine, elle a contesté les revendications de la Chine dans la mer de Chine méridionale, ouvrant ainsi la voie à une confrontation plus vive.

De plus, les deux pays forcent désormais les autres nations à prendre parti, même si elles sont peu enclines à le faire. L'administration Trump, par exemple, a fait pression sur ses alliés - avec un certain succès en Australie et, mardi, en Grande-Bretagne. La Chine, condamnée pour sa politique dans le Xinjiang et à Hong Kong, a rallié les pays pour qu'ils manifestent publiquement leur soutien. Lors du Conseil des droits de l'homme des Nations unies à Genève, 53 nations ont signé le 1er juillet une déclaration soutenant la nouvelle loi chinoise sur la sécurité à Hong Kong.

Les relations semblent donc en chute libre, les lignes se tracent et les tensions se multiplient. Les deux superpuissances s’affrontent désormais pour le commerce, la technologie, les territoires et le pouvoir. Une nouvelle ère géopolitique est donc en train de se dessiner et prend de plus en plus la tournure d’une guerre froide selon certains experts.

Début de la saison des résultats


Le deuxième trimestre de 2020 a été marqué en avril par une grande partie des économies mondiales confinées, en mai par la réouverture précipité de certains pays, dont les États-Unis, et la libération de la demande accumulée, puis au mois de juin au cours duquel cette reprise s'est heurtée à une nouvelle hausse de l’épidémie et à la réimposition de restrictions d'activité dans certains pays et États américains.

Tout au long de cette période, les consommateurs et les entreprises ont été contraints d'adapter leurs activités, leurs conditions de travail et leurs habitudes de dépense à un monde touché par la pandémie. Ces restrictions d’activités ont mené au chômage de masse et à l’augmentation du nombre de faillites qui continuera inévitablement au cours du prochain trimestre. C'est donc une période déprimante pour les banques américaines et pour Wall Street en général qui se prépare à d'énormes chutes de profits lorsque les résultats seront publiés à partir de cette semaine.

Les résultats obtenus mardi de trois des plus grandes banques américaines, offrent déjà un aperçu le plus large à ce jour de l'impact de la pandémie sur la santé financière des consommateurs et des entreprises américaines. JPMorgan Chase, Wells Fargo et Citigroup ont mis de côté 28 milliards de dollars au cours du deuxième trimestre pour couvrir des prêts potentiellement irrécouvrables qui étaient en bonnes postures il y a encore quelques mois.

En grande partie à cause des fonds mis de côté pour les créances douteuses, le bénéfice de JPMorgan a diminué de 51% au cours du second trimestre, celui de Citigroup a baissé d'environ 70 % et Wells Fargo a enregistré sa première perte trimestrielle depuis la crise financière de 2008.

JPMorgan a toutefois connu un chiffre d'affaires record au deuxième trimestre grâce notamment aux activités de courtage et de banque d'investissement, permettant ainsi d'atténuer l'effet de la pandémie qui l'a poussé à mettre de côté 8.9 milliards de dollars supplémentaires. Wells Fargo voit ses revenus diminuer de 17% tandis que son résultat net tombe dans le rouge au deuxième trimestre, une première depuis 2008. La banque a enregistré des provisions pour créances douteuses de 9.5 milliards de dollars, soit environ deux fois plus qu'estimé par les analystes.

En résumé, le courtage a très bien fonctionné au second trimestre, tout comme la banque d’investissement, alors que la banque de détail a sous-performé. Cependant, ce sont surtout les provisions pour créances douteuses, une nouvelle fois été sous-estimées par le consensus, qui ont fait manquer de loin les résultats. Des provisions qui devraient encore augmenter lors du prochain trimestre.

Singapour tombe en sévère récession


Le produit intérieur brut de Singapour a baissé de 41.2% en rythme annuel par rapport aux trois mois précédents, ce qui représente la plus forte contraction trimestrielle jamais enregistrée et est pire que le consensus, qui estimait une baisse de 35.9%. Par rapport à l'année précédente, le PIB a donc chuté de 12.6 % au deuxième trimestre, contre un consensus à -10.5%.

Le gouvernement, qui a prévu une contraction économique de 4% à 7% sur l'ensemble de l'année, n'a pas fourni de nouvelles prévisions mardi.

Singapour est l'un des premiers pays à publier ses données trimestrielles sur son PIB, et les chiffres montrent qu'il est plus touché que beaucoup d'autres en Asie. Le PIB du Japon est en baisse de plus de 20% « seulement » en termes annualisés au deuxième trimestre par rapport aux trois mois précédents, tandis que les données de cette semaine montreront probablement que l'économie chinoise aurait renoué avec la croissance.


- Aymeric Graindorge



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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 16 juillet 2020 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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