Relais entre politique monétaire et budgétaire ?



Passage de relais nécessaire entre politique monétaire et budgétaire?


La pantalonnade du Brexit se poursuit, nouvelle illustration de la médiocrité politique, alors qu’en Italie, l’improbable alliance entre le mouvement 5 étoiles et son meilleur/pire ennemi, le Parti démocrate, laisse espérer une amélioration économique.


L’ancrage récessif et les anticipations d’inflation qui en découlent continuent de peser sur les rendements un peu partout sur la planète.


Les taux 10 ans continuent de s’enfoncer en territoire négatifs et désormais aux États unis il n’est plus tabou d’envisager des taux aussi négatifs. L’aplatissement de la courbe des taux se poursuit, avec une fois encore des inversions sur le 10 ans/2 ans.


Les bonnes nouvelles concernant les PMI chinois (PMI des services à 52.1 en aout, au plus haut depuis mai, PMI manufacturier à 50.4 contre 49.9 et PMI composite à 51.6 contre 50.9), contrastent avec les indicateurs économiques américains. Ainsi l’ISM manufacturier américain est passé sous les 50 (à 49.1 en aout) pour la 1ère fois depuis 3 ans.


Cette situation surement très irritante pour le président américain, qui aime à rappeler que l’impact économique des tarifs sera plus douloureux pour la Chine que pour son pays, ne manquera pas d’attiser son courroux. Il se fendra certainement de quelques tweets rageurs à l’endroit de la réserve fédérale quelques jours précédent la réunion de son comité de politique monétaire afin d’accroitre (est-ce possible?) un peu plus la pression sur Monsieur Powell.


Il ne faudrait d’ailleurs pas sous-estimer la dimension psychologique du président de la Fed, qui consciemment ou non, pourra être enclin à une erreur de politique monétaire. Obnubilé qu’il serait par le refus de céder à la pression du président Trump et du marché (dans une moindre mesure), la FED pourrait se rendre ‘coupable’ de prendre du retard sur le cycle économique.


Les négociations commerciales entre américains et chinois, et l’entrée en application des

tarifs douaniers le 1er septembre (le marché espérait un nouveau revirement de la part du président américain mais cette fois il les a maintenu) font craindre au marché que la situation s’enlise, et le risque de surprise négative concernant la croissance s’accroit considérablement. Mais pour le moment c’est l’absence de mauvaises nouvelles sur le sujet, qui suffit pour alimenter un rallye de soulagement.


Malgré tout, les éléments précédents, ne semblent être que des distractions pour le marché qui se focalise sur la rentrée des banques centrales. BCE, FED, BOJ, BOE, BNS sont attendues au tournant dés la semaine prochaine pour la BCE.


Parce que plus que jamais, tous les actifs dépendent directement (obligations et actions) ou indirectement (immobilier et placement privé) des taux d’intérêt, les annonces qui seront faites revêtent une importance toute particulière.


La BCE, le 12 septembre va devoir délivrer tout ce qu’elle a distillé (pour ne pas dire promis) durant l’été.


Entre baisse du taux de dépôt (les fourchettes allant de 10 à 20 pb de baisse), reprise des rachats d’actifs (certains commencent même à parler d’achat d’actions !!), mesure d’accompagnement bancaires, et une communication ultra accommodante, les attentes sont très élevées.


S’il y a pourtant fort à parier que Mario Draghi délivrera, on peut néanmoins s’interroger sur la pertinence de ces mesures sur l’environnement économique.


Les croissances économiques auxquelles nous avons assisté, n’ont à ce point pas été suffisamment inclusives qu’elles ont créé des déceptions qui se sont manifestées par des votes populistes et/ou extrêmes. Mis à part les actifs financiers et immobiliers qui continuent d’en profiter, les retombés économiques sont loin d’être probantes.


Si effectivement ralentissement global il y a, les actions cosmétiques monétaires pourront tout au plus prolonger un cycle. Dans les pays ou l’effet richesse est important et la consommation privé le socle du PIB, le soutien au marché financier est un indéniable support pour le cycle économique. C’est bien évidement le cas pour les États-Unis mais cela concerne beaucoup moins l’Europe, particulièrement l’Allemagne qui cristallise désormais les peurs économiques.


Comme le martelait Mario Draghi lors de chaque réunion ou presque, les mesures monétaires ne pouvaient s’inscrire que dans un cadre plus global de réformes structurelles.


Évidemment, celles-ci n’ont (presque) pas eu lieu et maintenant que la latitude est beaucoup plus faible sur les politiques monétaires les relances budgétaires semblent être la nouvelle nécessité. Le marché attend beaucoup de l’Allemagne, mais tant sa situation politique que culturelle, sont difficilement conciliable avec un soutien budgétaire d’ampleur.


Lourde tâche donc qui va incomber à Mario Draghi jeudi prochain. D’autant plus que des voix moins accommodantes se sont fait entendre cette semaine, dont celle de Sabine Lautenschlaeger, banquière centrale allemande, estimant qu’un nouvel assouplissement quantitatif ne serait pas adapté. Ses propos allaient dans le même sens que ceux de Klass Knot le banquier central néerlandais qui estimait un peu plus tôt que les perspectives économiques n’étaient pas suffisamment dégradées pour envisager de nouveaux achats d’actif.


On peut objectivement penser que les politiques monétaires auront désormais des impacts positifs marginaux. Assurément aucun banquier central ne s’aventurera à le formuler ainsi, mais la relève budgétaire finira par s’imposer comme l’outils indispensable pour une relance du cycle.



Olivier Armangau




Les thèmes de la semaine



Marchés européens


Alors que les banques centrales européenne et américaine se prononceront dans une et deux semaines respectivement, les messages envoyés par les gérants des politiques monétaires mènent en partie les marchés. L’apaisement des tensions politiques en Italie et Hong Kong, rassure également.

L’Eurostoxx 50 gagne 2.54% tandis que la volatilité perd 14.2% pour s’inscrire au niveau de 16.6.



Christine Lagarde maintient le cap


La Banque Centrale Européenne, dirigée par Mario Draghi, est décidée depuis plusieurs années à éviter un glissement vers la déflation et une nouvelle crise de la zone euro, via l'octroi généreux de liquidités sur le marché et des taux très bas.


La future présidente de la BCE, Christine Lagarde, prendra la place de ce dernier le 1er novembre prochain et semble tout autant motivé à suivre le même cap. « Il est clair que la politique monétaire a besoin de rester très accommodante dans un avenir prévisible », a-t-elle dit dans des réponses écrites au Parlement européen publiées jeudi dernier, dans le cadre de la procédure de validation de sa nomination à la présidence de la BCE. En plus d'affirmer sa volonté de soutenir l'économie de la zone euro, elle se permet de laisser sous-entendre davantage de baisses de taux. « Je ne pense pas que la BCE ait atteint le plancher » déclare également la future présidente.


Toutefois, d'ici à ce que Mme Lagarde prenne position peut être que ce « plancher » sera atteint car encore deux réunions de la BCE sont prévues les 12 septembre et 24 octobre. Lors de la première réunion le consensus estime à près de 95% une baisse de 10 pdb sur le taux de dépôt. Et la tendance devrait se poursuivre à la baisse pour la seconde réunion avec la Fed qui devrait, sans équivoque, annoncer le 18 septembre prochain sa deuxième baisse de taux de l'année – le consensus estime à 96% une baisse de 25 pdb et à 4% une baisse de 50 pdb.



La tension baisse en Italie


Après un mois de crise politique, l'Italie voit enfin le bout. Le premier ministre démissionnaire, Giuseppe Conte, s'est dit être en capacité de former un nouveau gouvernement, selon l'annonce du bureau du président italien, ce mercredi après-midi.


Ce nouveau gouvernement est formé grâce à une majorité réunissant le Mouvement 5 Étoiles et le Parti Démocrate (centre gauche) – alliance inédite mais approuvée à près de 80% par les adhérents du M5S. Ceci aura permis d'éviter de nouvelles élections en octobre prochain comme l'espérait Matteo Salvini, représentant de la Ligue.


Le nouveau gouvernement prêtera serment demain, jeudi 5 septembre au palais du Quirinal, siège de la présidence de la République. Il devra par la suite, dans les tous prochains jours, obtenir également la confiance des deux chambres du Parlement.



Guerre commerciale


La Chine tente de temporiser les escalades de barrières douanières mais la situation ne semble pas pour autant se débloquer.


Pékin s'est dit en capacité de pouvoir riposter à la récente hausse tarifaire prévue du président américain Donald Trump, mais préfère ne pas le faire. « La Chine dispose d'amples moyens de représailles, mais pense que la question qui devrait être discutée maintenant est celle de la suppression des nouveaux tarifs douaniers pour éviter une escalade », avait déclaré jeudi dernier le porte-parole du ministère du Commerce. Beijing avait notamment demandé le report de la mise en place des tarifs prévues au 1er septembre. Demande rejetée par Washington ce week-end.


De plus, les autorités chinoises ont déclaré qu'elles avaient l'intention de déposer une plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce contre les mesures prises par les États-Unis.


Dans ce contexte, les responsables chinois et américains éprouvent de la difficulté à s'entendre sur une date pour la prochaine ronde de négociations commerciales qui est supposée se tenir en septembre.



La saga Brexit continue


Défaite humiliante pour Boris Johnson hier à la chambre des communes. Les députés britanniques ont voté à 328 voix contre 301 pour adopter une motion afin d'empêcher un « no deal ».


Cette motion de l'opposition, ralliée par 21 députés conservateurs hostiles à un Brexit sans accord, a permis de redonner la main aux parlementaires sur l'agenda du Brexit, normalement détenue par le gouvernement. Ils pourront ainsi contrôler l'ordre du jour et présenter une proposition de loi visant à empêcher une sortie sans accord de l'Union européenne. Ce texte, s'il était approuvé, contraindrait le premier ministre à demander à l'UE un nouveau report du Brexit au 31 janvier 2020, au cas où aucun accord de retrait ne serait conclu avec Bruxelles dans les prochaines semaines.


Boris Johnson, toutefois déterminé à quitter l'UE le 31 octobre, a dans la foulée présenté une motion pour convoquer des élections législatives. Si les parlementaires votent aujourd'hui en faveur de ce report, imposant un autre retard « inutile au Brexit » déclare le premier ministre, le gouvernement soumettra cette motion au vote de la Chambre. Elle devra tout de même recueillir deux tiers des voix pour être adoptée.



Aymeric Graindorge




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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 4 septembre 2019 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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