L’incongruité de la cible d’inflation



L’incongruité de la cible d’inflation



Dans un monde financier ou l’aléa moral est une pensée unique (il apporte le rendement sans les risques, jadis, inhérent), la fameuse (fumeuse?) Théorie monétaire moderne gagne en popularité.


Le dédain affiché par des économistes de renom à l’endroit de celle-ci, suffit à lui seul, dans le populisme caractéristique de nos sociétés, à la rendre désormais acceptable par un plus grand nombre.


Les principes de cette théorie sont simples : Un État n’est jamais à court d’argent parce qu’il peut imprimer sa monnaie et ne peut donc jamais faire faillite. De plus il n’a aucune contrainte budgétaire. En gros, la dette est émise à loisir et son remboursement n’est pas un problème. Plus besoin d’aligner une partie des dépenses étatiques avec des impôts, puisque c’est de la nouvelle dette qui finance et quand bien même l’appétit pour ce papier viendrait à manquer de la part des investisseurs, c’est la banque centrale qui s’en gorgerait, finançant donc le déficit budgétaire (en tout ou partie).


Pour les partisans de la TMM le Japon est évidement un magnifique exemple. Un endettement de 250% du PIB, une dette publique détenue à 80% par le banque centrale… Et une inflation de 1%. Cerise sur le gâteau un marché action qui double depuis 2011.


Jusqu’à présent, on pouvait considérer (sans risque d’être fusillé) que la limite de l’endettement d’un État était sa capacité de prélèvement d’impôt sur ses citoyens, sa maîtrise des dépenses publiques, et l’inflation générée par la relance budgétaire.


Mais désormais, les ressorts traditionnels de l’inflation sont cassés nous dit-on (définitivement ou un temporaire qui dure?) : La globalisation, la révolution technologique voire la désyndicalisation sont régulièrement mis en avant pour justifier la retenue salariale, et les prix à la production.


Si la dette n’est pas un problème (ou que celui-ci peut être réglé par l’interventionnisme de la banque centrale) et qu’il n’y a pas d’inflation malgré toutes les mesures non conventionnelles mise en oeuvre depuis 10 ans pour qu’elle se réveille, il est donc ‘logique’ que cette théorie trouve un écho de plus en plus favorable.


Il n’est guère surprenant que Bernie Sanders ou Alexandria Ocasio-Cortez, tous deux très à gauche des démocrates basent leurs argumentaires économiques sur cette théorie. Et visiblement c’est un discours qui plait.

Sanders serait crédité d’une victoire contre Trump.

C’est mieux que O’Rourke ou Harris, et légèrement moins bien que Biden.

Les sondages concernant la primaire démocrate donnent pour le moment une même probabilité de succès aux deux septuagénaires. 2 Mercredi 24 avril 2019


A noter que Sanders, jouit d’une cote de popularité très importante auprès des jeunes alors que son rival à l’image négative de l’establishment politique américain.


Durant quelques jours en décembre puis quelques heures durant le 1er trimestre le marché s’est fait peur sur le risque récessif. Les interventions des banques centrales, et 18% de hausse plus tard, voila que l’on s’occupe désormais avec un risque déflationniste.


Et qu’elle est donc la réponse, consensuelle attendu par le marché, et progressivement mis en avant par les banques centrales? Évidemment, un nouvel assouplissement quantitatif.


Donc pour combattre un mal (en est-ce vraiment un finalement?) qui est la conséquence principale des actions monétaires précédentes, on va utiliser les éléments qui ont démontré leur inefficacité sur ce sujet ! C’est formidable, vraiment !


Ces fameuses mesures non conventionnelles ont permis de relancer l’activité (aux Etats-Unis) ou d’empêcher qu’elles ne sombrent (en Europe) par la diffusion de liquidité abondante mais l’échec de celle-ci en matière d’inflation (des Etats-Unis à l’Europe en passant par le Japon) devrait être un argument suffisant pour ne pas les considérer de nouveau.


Le dogmatisme de la cible d’inflation et/ou le risque de déflation agité, ne peuvent être que de grossiers prétextes pour continuer de soutenir le marché, qui ne peut désormais plus soutenir une hausse des taux, à la vue de l’endettement des ménages, des entreprises et des États.


Il y a une semaine, selon la formule consacrée, « les sources proches du dossier » indiquaient que l’accord commercial sino-américain serait signé en avril. Soit ces sources sont aussi proches du dossier que ne l’est Mars de la Terre, soit c’est une nouvelle confirmation (pour ceux qui visiblement en doute encore) que les négociations, comme toutes les négociations de cette envergure, sont laborieuses. Finalement, hier la Maison Blanche annonçait que les négociateurs américains se rendraient en Chine le 30 avril, et qu’une délégation chinoise rendrait la politesse début mai.


Depuis le fameux diner de décembre (qui s’était suivi par une hystérie des indices), les différents allersretours entre Beijing et Washington, et la fameuse date du 1er mars (rappelons-nous, les droits devaient augmenter faute d’accord à cette date) il ne se passe pas une seule journée sans que ces mêmes sources proches du dossier annoncent un accord imminent. Prévu pour mars, puis avril, nous sommes maintenant passés de mai à juin.


Ce qui était considéré par le marché comme un risque majeur est désormais relégué au second plan.


Par contre pour les banques centrales s’est toujours l’argument massue pour justifier l’arrêt de la normalisation et le début de la seconde ronde d’assouplissement. 3 Mercredi 24 avril 2019


A noter d’ailleurs que la banque centrale chinoise a indiqué que les mesures mises en place pour stimuler sa croissance n’avait probablement plus lieu d’être, alors que la BCE et la FED continue d’agiter l’épouvantail du ralentissement économique chinois pour justifier leur position ultra accommodante.


Avec des résultats d’entreprise qui sont plutôt moins mauvais qu’attendus (les analystes ayant fortement réduit leur prévision tout au long du trimestre), un nuage chinois économique qui se dissipent sérieusement, des accords commerciaux qui forcément émergeront, une absence d’inflation et un endettement tous deux sans conséquence, l’argumentation de la FED sera certainement plus délicate lors de son prochain meeting (mardi et mercredi).


Bonne semaine,

Olivier Armangau




Les thèmes de la semaine



Marchés européens

Les marchés européens ont connu se sont dispersés au cours de la période. Au retour du congé pascal les marchés ont ouvert majoritairement en baisses mais seuls l'Ibex espagnol et le Mib italien n'ont pas su rebondir lors de l'ouverture de Wall Street.


Sur la période l'Eurostoxx gagne 0.72% et le Vstoxx remonte également de 11.34% après être descendu à 11.0066 vendredi dernier, soit à 0.3283 points du plus bas historique.



Point sur les marchés

Semaine assez intéressante sur les marchés européens et américains qui connaissent des croissances stupéfiantes depuis le début de l’année.

L’Eurostoxx 50 qui est déjà à 16.7% depuis le début de l’année continu son ascension. L’indice a essuyé aujourd’hui sa première baisse après huit jours consécutifs de hausse. Et ce dernier recul de seulement 0.03%. Une hausse consécutive de huit jours ou plus n’est arrivé que 15 fois depuis 1987 et la dernière était de 10 jours en fin septembre 2018.


Du côté américain le S&P 500 et le Nasdaq ont atteint des plus hauts historiques à la clôture hier grâce des résultats d'entreprises meilleurs qu'attendu. Ces indices ont atteint ainsi une croissance annuelle de 16.9% et 23.23% respectivement et permet au S&P d'effacer sa baisse de fin 2018 - ce que le Nasdaq avait déjà fait la semaine dernière.

Entre la baisse des marchés fin 2018, le ralentissement de l'économie mondiale, les tensions commerciales ou encore le potentiel ralentissement de l'activité économique américaine les attentes étaient plutôt faibles à l'approche des résultats, permettant aux entreprises de faire majoritairement mieux que prévu. D'autres grandes entreprises déclareront leurs résultats cette semaine et l'annonce du PIB vendredi sera à surveiller.



Statistiques européennes

Malgré cette hausse constante des marchés, les statistiques de la semaine sont relativement maussades et décevantes sur la zone euro.


Les indices PMI de la zone euro ressortent en dessous des prévisions. L'indice manufacturier est toujours sous le seuil des 50, à 47.8 contre 47.9 prévu. Et l'activité des services ressort davantage sous les attentes à 52.5 contre un consensus à 53.2.


Les PMI manufacturier français et allemands ressortent aussi sous les attentes et restent dans la zone de contraction de l'activité.


De plus, les indicateurs de confiance et de climat sont ressortis négatifs également. La confiance des consommateurs dans la zone euro est redescendu au niveau de janvier après une légère remontée. Et les indices Ifo sur les situations actuelles et les attentes du climat d'affaires en Allemagne sont ressortis en dessous des attentes et en baisse après un léger rebond en mars.



US-Chine

Les discussions entre officiels américains et chinois se poursuivront à Pékin la semaine prochaine à partir du 30 avril, puis continueront la semaine suivante à Washington, semaine du 6 mai.


Lors de la dernière rencontre en début avril, les deux nations vantaient le bon déroulement et les avancées des négociations. Toutefois, il s'ajoute désormais une complication supplémentaire aux thématiques déjà complexes de la propriété intellectuelle et du transfert des technologies, entre autres.


Les États-Unis ont annoncé samedi dernier qu'ils mettaient fin aux exemptions sur le pétrole iranien dont bénéficiait plusieurs pays et notamment la Chine. Cependant, Pékin a critiqué lundi l'annonce de l'administration Trump.


La Chine - qui est importatrice de la moitié du pétrole iranien - « s'oppose aux sanctions unilatérales et aux ‘juridictions au bras long' imposées par les États-Unis », a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, lors d'une conférence de presse lundi. « Notre coopération avec l'Iran est ouverte, transparente, légale et légitime, et doit donc être respectée », a-t-il ajouté sans pour autant préciser s'ils poursuivront ou non importations iraniennes.


Le Livre Beige de la Fed

Le Beige Book de la Fed publié la semaine dernière relève une « croissance de l'activité économique légère à modérée en mars ». Dans l'ensemble, le rapport indique que l'inflation est maîtrisée. Enfin, le marché du travail reste solide avec une pression à la hausse des salaires qui ne se répercute que partiellement dans la hausse des prix.


Pour faire court ce rapport ne nous dévoile rien de nouveau et reste dans une demi-mesure. La prochaine réunion de la Fed du 1er mai devrait ainsi être dans le même thème.



Aymeric Graindorge




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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 24 avril 2019 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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