Le put Powell




Le put Powell où le retour du put perpétuel


Les relations sino-américaines vont très largement au-delà des discussions actuelles. Mais cela supposerait une vision de long terme, or l’appréciation de long terme pour le marché semble se résumer à quelques jours. Ainsi donc depuis des semaines, et jusqu’au 1er mars on va nous abreuver tantôt de tweet, tantôt de déclarations officielles totalement insipides mais suffisamment optimistes pour alimenter encore et encore le marché.


Évidement qu’un accord commercial sera signé à brève échéance, mais il ne dissipera aucunement la rivalité extrême (idéologique, politique, économique, stratégique, technologique) entre les 2 pays. Inexorablement la suprématie américaine s’étiole, et la puissance chinoise s’accroit. Le ralentissement économique chinois (le marché attend des mesures de relances chinoises mais celles-ci seront limitées pour cause d’impératif de désendettement) est bien entendu l’élément sur lequel les Etats-Unis souhaitent capitaliser. Mais pour le président Trump qui est presque déjà en campagne électorale (son discours sur l’état de l’Union hier et l’argumentation tragi/comique motivant la construction de son mur était à destination de sa base électorale) pour sa réélection en 2020, il est important que l’accord ne soit pas non plus trop contraignant pour ne pas exacerber des tensions et au final ralentir encore un peu plus la croissance américaine. Il y aura un accord a minima d’ici au 1er mars. Le marché s’en contentera très

largement, bien sûr.


Désormais, on voit d’ailleurs mal ce qui pourrait contrarier le marché.


Dans sa première conférence de presse de l’année à l’issu de la réunion des gouverneurs, le président de la FED à clairement indiqué que si les conditions financières se dégradaient, la FED interviendrait. Il a également précisé que l’un des éléments les plus importants des conditions financières était le marché financier ! Et enfin, pour justifier tout à coup une neutralité des taux (qui n’était pas le cas en décembre.,) il a listé des éléments externes qui prévalaient déjà depuis de nombreux mois sans avoir eu la moindre incidence sur les hausses de taux précédentes.


Non seulement c’est un arrêt de la normalisation de la politique monétaire mais en plus il est assorti d’un put Powell !


C’est quand même une situation assez singulière.


La situation de l’emploi est exceptionnelle (même le taux de participation est en hausse), les prévisions de la FED elle-même concernant la croissance sont au-dessus de la croissance potentielle, et les taux réels sont inférieurs à 1% ! Si donc la situation économique est aussi bonne, avec des taux aussi bas, pourquoi donc tant de prudence dans les propos de la FED pour justifier soudainement un arrêt de la

normalisation ?


Si l’économie américaine ne peut supporter des taux réels supérieur à 1%, est-elle si vigoureuse que la présente la FED ?


Est-ce que les statistiques à venir seront à ce point épouvantables qu’elles justifient de mettre un terme à la normalisation voire envisager une première baisse des taux aux États unis d’ici la fin d’année comme le marché commence à l’anticiper ?


Jerome Powell nous dit que les tensions commerciales (qui pour rappel n’empêchent nullement le marché de monter depuis qu’il est convaincu que tout ira bien dans le meilleur des mondes) doivent justifier une pause dans le processus de normalisation mais dans le même temps, le cycle de croissance reste inchangé (toujours selon la FED) ! Et qu’adviendra-t-il quand les tensions commerciales se seront dissipées et/ou que l’on prendra conscience de l’impact relativement modéré pour les États-Unis (mais pas pour ses partenaires)?


Si la FED voulait prolonger le cycle de croissance elle ne s’y prendrait pas autrement. Monsieur Trump doit se délecter de l’attitude de son nouveau meilleur ami.


En déclarant la neutralité des taux et en agitant des épouvantails pour l’avenir, la FED s’assure que les taux vont rester durablement bas, ainsi que les anticipations. La transmission va se faire alors sur les taux hypothécaires. Ce qui va donner un élan au marché immobilier (en situation plutôt délicate) permettant alors à l’effet richesse de se maintenir.


Marché en hausse et soutien indirect à l’immobilier sont les ingrédients simples pour le maintien d’un cycle économique de bonne facture. Que cela puisse créer des déséquilibres à l’avenir (si la croissance actuelle reste aussi solide) n’est pas la préoccupation du moment. Personne n’a envie de gâcher la fête.


Bonne semaine,

Olivier Armangau




Les thèmes de la semaine



Marchés européens

Les marchés européens connaissent une bonne semaine, confirmant le rallye initié depuis la fin décembre. Rien ne semble arrêter cette progression de 2019 qui résulte d'une situation « moins pire que prévu » concernant les risques affectant les marchés.

L'Eurostoxx gagne 1.54% sur la période et le Vstoxx continue sa descente atteignant 13.61 aujourd'hui.


Il ne faut cependant pas oublier les différents risques et incertitudes cités à la fin de l'année 2018 qui avaient causé la baisse des marchés, car ils sont toujours présents. La guerre commerciale des États- Unis, bien qu'elle prenne une bonne tournure avec la Chine, pourrait se tourner rapidement vers l'Europe. La croissance de la Chine montre des faiblesses, l'économie allemande continue de perdre de la vigueur et la croissance mondiale en général s'essouffle. Le risque politique est présent aux États-Unis avec la question du mur et à l'international avec la crise vénézuélienne qui sépare le monde en deux.

Enfin, le Brexit est loin d'être réglé et un no-deal pourrait bien arriver « par accident ».



Discours sur l’état d’union

Le discours sur l’état de l’Union de Donald Trump hier soir a commencé sur une note de relation bipartisane, une unité entre républicains et démocrates … mais « s'il y a la paix et la législation, il ne peut y avoir de guerre et d'enquête ». Ce que le président voulait dire est : si vous voulez la prospérité économique, vous ne pouvez pas enquêter sur le Président, l'un ne fonctionnant pas avec l'autre.


Malgré ces paroles sur l’unité, Trump réitère sa volonté de construire le mur alors qu’aucun accord n’a encore été trouvé sur la question entre républicains et démocrates. La possibilité de la déclaration d’état d’urgence n’a pas été évoqué laissant suggérer la reprise du shutdown si la situation perdure d’ici au 15 février.



Négociations commerciales « en progrès »

La Chine et les États-Unis ont déclaré que des progrès ont été effectués la semaine dernière lors des négociations commerciales à Washington. Toutefois, le conflit n'est pas terminé, il reste encore beaucoup de travail selon la Maison Blanche et la menace d'augmenter les tarifs douaniers d'ici le 1er mars a été réitéré, à moins qu'un " résultat satisfaisant " ne soit atteint.


Les progrès reposent principalement sur des conciliations de la Chine d'après l'agence de presse chinoise Xinhua. Elle aurait accepté d'augmenter les importations de produits agricoles, énergétiques, industriels et de services des États-Unis, a-t-elle dit, sans fournir de détails. Elle aurait également accepté de renforcer sa coopération en matière de droit de propriété intellectuelle et de transfert de technologie. Cependant, dans sa déclaration la Maison Blanche n'a énuméré aucun nouvel engagement d'un parti comme de l'autre.


Les discussions continueront à la mi-février avec le ministre des finances Steven Mnuchin et le représentant américain au commerce extérieur Robert Lighthizer qui se rendront à Pékin pour tenir la prochaine série de négociation avant la date limite de la trêve.


Enfin, Donald Trump a également évoqué la possibilité d'une rencontre face à face avec Xi Jinping après avoir reçu une invitation officielle du dirigeant chinois.



Brexit

Peu d'avancées à ce jour concernant l'issue du Brexit. La première ministre Britannique est aujourd'hui à Belfast pour tenter de trouver une alternative à la clause du Backstop qui bloque l'opposition avant une rencontre avec Donald Tusk demain. Du côté de l'Europe, le président de la commission européenne, a répété aujourd'hui que l'Union européenne ne renégociera pas l'accord de Brexit tout en espérant que Mme May viendra demain à Bruxelles avec des "suggestions réalistes" pour sortir de l'impasse.


Les entreprises sont toujours plus inquiètes quant à l'issue de ce Brexit. C’est au tour de Nissan de manifester son désarroi sur la question en décidant de fabriquer un de ces nouveaux modèles exclusivement au Japon, plutôt que d'étendre sa production au Royaume-Uni comme il avait été promis. Le constructeur a déclaré que l'incertitude due au Brexit rend difficile la "planification pour le futur".


De plus, il semble que la situation économique s'empire à moins de deux mois de la date officielle du départ du Royaume-Uni de l'Europe. Ainsi, un baromètre calculé par Bloomberg conçu pour montrer comment l'économie britannique réagit au processus du Brexit, a atteint son plus bas depuis le référendum. Ce dernier est composé d'indicateurs d'emploi, d'inflation, de croissance et d'incertitude. Plus le chiffre est élevé, plus l'économie est saine, et vice versa.

https://www.bloomberg.com/graphics/2017-brexitbarometer/?cmpid=BBD020619_MKT&utm_medium=email&utm_source=newsletter&utm_term=190206&utm_campaign=markets




Aymeric Graindorge




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