Le pragmatisme italien




Le pragmatisme italien


Ce qu’il y a d’amusant avec les hommes politiques c’est qu’ils sont toujours persuadés que c’est grâce à leurs actions que les choses changent (bien entendu toujours dans le bon sens). Sur le dossier italien nous en avons eu une nouvelle démonstration. Ainsi donc suite à la signature de l’accord entre la commission européenne et l’Italie sur son budget 2019, ce matin, Monsieur Moscovici déclarait que ‘l’intelligence et le sens de l’intérêt général ont prévalu’ occultant la seule réalité sur ce dossier : La pression froide et intenable du marché sur les taux italiens et l’impact colossale sur une dette publique (certes détenus majoritairement par les italiens) flirtant que les 130% du PIB. Revenons sur l’aplatissement/inversion de la courbe des taux : S’Il est désormais consensuel que c’est la cause principale de la baisse des marchés (même si le caractère ‘prédictif’ peut être discutable vu que l’inversion a eu lieu sur le 3/5 ans alors que les références communément admises sont plutôt le 3 mois/10 ans et 2 mois/10 ans), cet aplatissement nous démontre, dans une optique contrariante, que la politique monétaire est ses conséquences ne sont pas des sciences exactes. Or le marché se comporte comme en enfant gâté avec des exigences de court terme en totale contradiction (forcément) avec la vision plus long terme inhérente à une politique monétaire. Si les anticipations de croissance faites par le marché sont à ce point si faibles (ce que suggèrent donc les taux longs mais aussi désormais le marché action qui anticipe un ralentissement si fort, qu’il envisage désormais une baisse durable) pourquoi donc s’inquiéter d’une politique monétaire qui serait trop restrictive ? En effet à quoi bon s’employer à remonter les taux pour limiter la croissance (et donc les risques inflationnistes) en pesant sur le cout de financement quand la croissance est justement en train de ralentir ! Toutes ses contradictions illustrent le paradoxe du marché actuel. Celui-ci n’extrait qu’une partie de l’équation pour justifier le mouvement actuel. Alors qu’il ne reste plus que 4 séances d’ici la fin d’année, et mise à part la conférence de presse de Monsieur Powell ce soir qui pourrait apporter un certain soutien, le marché aimerait trouver sous son sapin au moins 2 cadeaux : Tout d’abord que la situation politique se normalise (l’accord italien ce matin est rassurant). Évidement le Brexit reste un sujet anxiogène alors que les probabilités d’un ‘No deal’ ne sont encore que de 10% pour les opérateurs, tant l’UE que le Royaume-Uni s’y préparent. Les relations sino-américaines sont évidemment aussi un sujet de préoccupation (car il est particulièrement complexe d’anticiper les conséquences économiques et réactions connexes) et la tenue des élections européennes en mai n’apaisera certainement pas la démagogie et ses conséquences budgétaires (exemple italien, français et espagnol) Il serait également de bon ton, que la situation économique se normalise. Les indications statistiques montrent clairement depuis quelques semaines un ralentissement global (alors qu’il y a peu on parlait encore de synchronisation, à la hausse, de la croissance mondiale), mais tant que celui-ci ne sera pas matérialisée (et donc les statistiques stabilisées) le marché, dans son rôle amplificateur d’anticipation continuera d’appuyer à la vente.

Cependant, si le ralentissement chinois inquiète, à juste titre, il pourrait très bien être l’élément déclencheur d’un apaisement avec les Etats-Unis sur les tarifs douaniers. A la différence des économies occidentales, la croissance chinoises est vitale pour le gouvernement central: Elle doit permettre de convertir l’exode rural massif, éviter le retour des émeutes (meurtrières) économiques, et poursuivre la migration de son modèle économique vers une économie mieux répartie. Dès lors, en plus des mesures de soutiens, il ne serait pas surprenant de voir des gestes d’apaisement (à l’image de la suspension des tarifs douaniers sur les automobiles américaines annoncée la semaine passée) à l’égard des Etats-Unis. En attendant, la situation actuelle sur les marchés rappelle celle qui prévalait fin 2015 début 2016. Les craintes économiques chinoises, combinées à un ralentissement mondial concomitamment à un resserrement de la politique monétaire américaine, mais aussi l’effondrement du pétrole et la hausse des écarts de crédit s’étaient traduits par une baisse marquée des marchés.


Nous profitons de ce point pour vous souhaiter de belles fêtes de fin d’année.


Olivier Armangau




Les thèmes de la semaine


Marchés européens

Les marchés européens continuent leur baisse sur la semaine. L’Eurostoxx recule de 1.82% et le CAC 40 perd 2.69% à cause de la crise des gilets jaunes. Enfin, le FTSE MIB ressort avec la meilleure performance, presque neutre, en réactions aux bonnes nouvelles sur le budget italien.

Budget italien

La commission européenne et l'Italie se sont entendues sur un accord concernant le budget de 2019, permettant ainsi d'éviter la mise en place de mesure des mesures disciplinaires prévues par Bruxelles.

Pour atteindre ce compromis l'Italie a accepté de réduire son déficit budgétaire de 2.4% prévu initialement à 2.04% du PIB. De plus, elle a diminué ses estimations de croissance pour 2019 de 1.5% à 1.0%. Par contre, le déficit structurel restera le même pour 2019 que pour 2018 contrairement aux recommandations de baisse de la part des ministres des finances de l'UE.

Désormais, la parole est au parlement italien qui doit adopter le projet de budget modifié, comme convenu avec l'UE. Si le Parlement venait à modifier à nouveau l'accord, la Commission se dit prête à reprendre les mesures disciplinaires à l'encontre de Rome, ce qui pourrait éventuellement entraîner des amendes.

Le vice-président de la commission européenne a également mentionné qu'il allait s'entretenir avec le gouvernement français par rapport aux nouvelles dépenses prévues pour calmer la crise des « gilets jaunes ». Fini avec l'Italie, au tour de la France ?


FOMC, la dernière de l’année

Ce soir se tiendra la dernière réunion de l'année du comité fédéral d'open market (FOMC). Bien qu'au cours de la précédente réunion du comité avec conférence de presse en septembre dernier il semblait évident qu'une quatrième augmentation de taux ait lieux à cette réunion. Aujourd'hui, ce n'est plus réellement le cas. Entre les critiques répétés de Donald Trump et les inquiétudes sur la croissance qui font pression sur la Fed et le dernier discours « Dovish » de Jérôme Powell certains investisseurs pensent que les taux pourraient stagner à 2.25%.

Le consensus estime toujours une hausse des taux de 25 pdb, augmentant le taux directeur à 2.5% avec probablement un discours plus « Dovish » de Powell pour 2019. Une forte réaction des marchés est tout de même à attendre à l'issue de cette conférence car les attentes des investisseurs sont importantes.


US Shutdown ?

Le 13 décembre dernier Donald Trump recevait les responsables démocrates du congrès à la Maison Blanche afin de discuter du budget du « mur ». Au cours de cette rencontre Trump s'est vu désapprouver sa demande de 5 milliards de dollars pour amorcer la construction de ce dernier. Les responsables démocrates ne lui accordant qu'au plus 1.6 milliards de dollars. Démunis dans cette négociation face aux caméras, le président avait alors affirmé qu'il serait « fier de mettre à pied le gouvernement au nom de la sécurité des frontières » afin de mettre pression sur l'issue d'un accord.

Le shutdown du gouvernement américain n'est plus qu'à trois jours maintenant. Toutefois, Républicains comme Démocrates aimeraient éviter cette situation et un accord pourrait être trouvé avant ou bien Donald Trump pourrait revenir sur sa demande.

Si cela venait à se produire, peu d'impact est à attendre sur les marchés. Historiquement, les arrêts des activités gouvernementales aux États-Unis ne résultent pas en une baisse signifiante, le S&P a baissé en moyenne de seulement 0.6% au cours des 18 derniers shutdown.

Le Rally de décembre …

On en parlait au début du mois, le fameux rally de Noël est historiquement réel. Or il semblerait que les tensions commerciales, l'inversement de la courbe des taux américains, le Brexit, le budget italien, les incertitudes de croissance américaine … ont sapé le moral des investisseurs cette année. L'Eurostoxx perd 3.68% à ce jour et le S&P plus de 7%. Et les indicateurs de volatilité implicite, VStoxx et Vix, se situent au-dessus de leurs moyennes mobiles des 50 et 250 derniers jours.



Aymeric Graindorge




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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 19 décembre 2018 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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