La valeur des certitudes



La valeur des certitudes


Lors de la présentation hier du rapport annuel de la BCE devant les eurodéputés, Christine Lagarde a une fois encore milité pour une prise de relai budgétaire à la politique monétaire actuelle de la BCE, sous entendant, sans le dire évidement, que la politique monétaire atteint tranquillement ses limites. Ainsi après avoir annoncé la semaine passée que les marges de manœuvres étaient réduites pour la BCE, elle élargit le champ d’action de la BCE au terrain politique déclarant : « Au cours des dernières années, l'architecture de la zone euro a considérablement évolué. Mais des éléments essentiels sont toujours manquants ou incomplets, ce qui empêche la zone euro de réaliser pleinement son potentiel pour les citoyens. C'est pourquoi la BCE a plaidé et continuera de plaider en faveur d'une Union économique et monétaire plus complète ».


En temps normal les allemands qui ne veulent pas entendre parler d’une quelconque union bancaire symbolisée par une garantie commune des dépôts, et qui se refusent catégoriquement (pour le moment?) à jouer le jeu d’une relance budgétaire, seront encore moins disposés à le faire après que la présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, a décidé de ne pas briguer la chancellerie.


Dans la foulée des évènements de Thuringe, où son parti s’est allié à l’extrême droite pour enfin élire un nouveau président (un libéral) de région, la ‘dauphine’ désignée par Angela Merkel, Annegret a également annoncé sa volonté d’abandonner la présidence du parti cet été.


Cette alliance de circonstance entre la CDU et l’AfD est une cassure majeure dans le paysage politique très consensuel allemand, qui bannissait depuis la seconde guerre mondiale toute collaboration d’un parti traditionnel avec l’extrême droite.


L’élection d’un nouveau chef de parti pour la CDU, et donc d’un nouveau candidat pour la chancellerie, va prétériter les chances d’une inflexion positive allemande en direction de l’Union Européenne.


Mais à la vue de l’évolution des marchés actions, il n’est guère besoin d’avoir un stimulus budgétaire allemand pour pousser les valorisations.


Le Covid-19, puisque c’est ainsi qu’il a été baptisé, s’en charge !


Les intervenants de marché prétendent s’interroger sur l’impact négatif du fameux virus et particulièrement sur les répercutions difficilement quantifiables de la chaine d’approvisionnement mondiale. Mais visiblement les réponses qu’ils apportent à leurs interrogations démontrent une seule certitude : Que non seulement l’impact est inexistant, mais surtout qu’il est bénéfique au marché !


Près de 6% de hausse du marché en 8 jours de bourse sur l’Eurostoxx50 et pas loin de 5% pour le S&P 500. La volatilité implicite ne baisse plus cependant, portée à la fois par la forte demande sur les options d’achat, mais aussi sur les options de vente, particulièrement sur celle en dehors de la monnaie. C’est certainement le reflet d’un certain manque de conviction. Tout comme peut être la rotation sectorielle à laquelle on assiste. Les défensives surperforment les valeurs de croissance depuis le début de l’année.


Si le virus ne fait pas baisser le marché, ce n’est certainement pas les élections américaines qui le feront.


La ‘certitude’ sur le sujet est que Trump fera tout en son pouvoir pour sa réélection. Comme on a pu le constater récemment il n’y a absolument aucune limite morale, (ce n’est pas une surprise), ni légale concernant la fonction présidentielle et ses prérogatives, ses ‘privilèges exécutifs’. Donc le Put Trump est en place.


De plus statistiquement une année électorale est toujours une bonne année pour le marché. Cerise sur le gâteau, Jerome Powell nous a montré la semaine passée, une fois encore, que la FED serait prête à intervenir en cas d’impact négatif sur la croissance de n’importe quel élément (il s’agissait bien évidement du Covid-19). Ça en deviendrait presque risible.


Jerome Powell a ainsi clairement démontré, une fois de plus, que la valorisation du marché est un enjeu majeur, si ce n’est l’enjeux principal de son mandat. Et finalement ça tombe bien puisqu’il n’y a pas d’inflation, et que les créations d’emploi sont extraordinaires…


A-t-on le droit d’écrire qu’il est assez dérangeant qu’une banque centrale se précipite aussi systématiquement pour ‘rassurer’ un marché? Marché qui rappelons-le est censé vous rémunérer pour les risques pris. Le put banque centrale combiné au put Trump apportent le rendement sans la prise de risque. Évidement que ça intéresse tout le monde !


Mais revenons, rapidement, sur les élections américaines. Donc alors qu’hier Bernie Sanders a remporté la primaire démocrate du New Hampshire et que le phénomène Buttigieg (Trump ne va pas tarder à lui trouver un surnom tout en élégance assurément…) est mis en lumière par les médias (ce qui a pour impact d’avoir modifier considérablement les intentions de vote en sa faveur ! L’électeur est décidément lui aussi très posé et réfléchi dans ses décisions), un nouveau sondage montre que peu importe le démocrate qui sortira vainqueur des primaires, il l’emporterait contre Trump!!


Bloomberg l’emporterait 51 à 42, Sanders 51 à 43, Biden 50 à 43, Klobuchar 49 à 43, Warren 48 à 44 et enfin Buttigieg 47 à 43 ! Qu’il soit catalogué comme centriste, libéral, ou socialiste chaque candidat a un programme économique largement moins favorable pour le marché action (particulièrement Sanders et Warren) que celui de Trump. La route est évidement encore bien longue d’ici le mois de novembre mais il est surprenant de voir, une fois encore, à quel point les certitudes qui prévalent aujourd’hui ne sont jamais remise en question. Même pas à la marge.


https://poll.qu.edu/national/release-detail?ReleaseID=3655 https://projects.fivethirtyeight.com/polls/president-general/



Olivier Armangau




Les thèmes de la semaine



Marchés européens


Il y a comme un sentiment de frénésie sur les marchés européens et mondiaux cette semaine. Tous continuent leur hausse entamée la semaine passée sur l’évolution ‘positive’ de la situation en Chine et du soutien de la PBOC. À tel point que l’épidémie semble être oublié et que la croissance reprend.


L’Eurostoxx a augmenté de 2.03% sur la période et remonte nettement au-dessus de ses niveaux d’avant crise du coronavirus, atteignant ainsi une performance de 2.92% depuis le début de l’année et enregistre son plus haut depuis mai 2008. De surcroît, les principaux indices américains, S&P 500, Dow Jones et Nasdaq 100, ont tous atteint de nouveaux plus hauts historiques au cours de la période.



Coronavirus


Le Coronavirus, officiellement appelé Covid-19, a désormais atteint un bilan de 1,118 morts et 45,211 cas confirmés dans 28 pays, soit une hausse de 127% des décès et de 84% des cas par rapport à mercredi 5 février. Bien que ces chiffres soient encore élevés et que l’ampleur de l’épidémie soit difficilement mesurable à ce stade tel que le prévenait le directeur de l’OMS ce dimanche en déclarant que « nous ne voyons peut-être que la partie émergée de l'iceberg », certains ‘experts’ s’accordent à dire que le pic pourrait être atteint. Depuis une semaine, la croissance des nouveaux cas en ralentissement et les espoirs du développement d’un traitement dominent le sentiment concernant le développement de l’épidémie.

Ainsi, après un nouvel an lunaire prolongé d’une semaine et lors de la journée la plus mortel de l’histoire du Covid-19 – ce lundi 10 février faisant 79 morts, l’économie chinoise s’est partiellement remise en marche. Le Conseil d'État chinois s'efforce de remettre la deuxième économie mondiale au travail et d'éviter de prolonger les fermetures, qui ont commencé il y a plus de trois semaines maintenant. Certains constructeurs automobiles mondiaux, dont Ford, Daimler et Tesla, ont donc redémarré leurs usines lundi. Tandis que d’autres adoptent des approches plus prudentes, telles que Volkswagen qui ouvre ses usines progressivement ou encore BMW, Toyota et GM ont prolongé d’une semaine leur fermeture. Les géants Chinois de la technologie comme ByteDance, Tencent, Alibaba et Meituan ont quant à eux prolongés leur politique de travail à domicile d'au moins une semaine.


Malgré cette volonté de relancer l’économie, il semble que dans les faits cela soit plus difficile à dire qu’à faire. L’opacité des communications sur la situation en Chine ne permet pas avec certitude d’affirmer l’état de la situation mais certaines sources déclarent qu’une faible proportion des employés de Foxconn sont venu travailler depuis la réouverture des usines ce lundi - dû notamment aux restrictions de déplacement qui bloquent de nombreux chinois dans leur ville d’origine - ce qui pourrait s'appliquer à de nombreuses autres entreprises.


Bien que les marchés continuent de sauter sur chaque élément positif pour continuer leur hausse, il est encore très difficile d’estimer l’impact économique et humain que va causer cette épidémie. Décider de relancer l’économie dès maintenant pourrait, si le pic est bel et bien atteint, permettre de résorber la crise d'ici la fin du premier trimestre et causer un minimum de dommages à l'économie. Mais il semble que la décision soit quelque peu précipitée alors que le virus ne semble pas encore contenu et pourrait être l’étincelle qui amène un grand feu déclare l’OMS. Dans ce cas, si la Chine ne parvient pas à contenir la propagation du virus, il faut s'attendre à des ajustements douloureux et éventuellement à des dommages structurels à son économie avec des retombées au niveau mondiale. Situation qui, pour le moment, est loin d’être envisagée par les marchés.



Économie en bonne santé


Le président de la Fed, Jerome Powell, s’est exprimé devant le congrès hier et aujourd'hui au cours de son audition semi-annuelle. Selon Powell l'épidémie pourrait « entraîner des perturbations en Chine qui se répercuteront sur le reste de l'économie mondiale », mais à date il n'a pas déclaré que l'épidémie avait changé les perspectives de base de la Fed pour l'économie américaine, ni que de nombreux membres du FOMC s'attendaient à ce que les taux restent inchangés cette année.


Par ailleurs, il a déclaré que l’économie américaine était « en bonne place » et que le FOMC estime que l’orientation actuelle de la politique monétaire soutiendra la poursuite de la croissance économique, un marché du travail fort et le retour de l’inflation à l’objectif de 2%.



Aymeric Graindorge




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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 12 février 2020 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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