La résilience cupide, le fatalisme curateur ?


La résilience cupide, le fatalisme curateur ?


Le pire trimestre boursier depuis 1987 s’achève peut-on lire un peu partout, y compris dans les médias non spécialisés. Au-delà d’un titre, cette référence funeste traduit vraiment les angoisses des intervenants de marché et nous renseigne rapidement sur leurs anticipations. En avril nous aurons les publications des résultats d’entreprises. Cela aura au moins l’intérêt d’avoir des données plus tangibles sur la vraie santé économique que les titres accrocheurs et autres annonces de fin du monde. Cette saison des résultats ne sera évidemment pas très belle, même si le consensus l’anticipe largement. Mais dans un contexte où la schizophrénie est une nouvelle méthode de gestion, on peut craindre, ce qu’une partie des intervenants anticipe, une nouvelle phase de baisse.


Les chiffres de l’emploi américain vendredi seront aussi une indication immédiate de l’état de santé de l’économie, mais ce sera surtout une mesure de la réactivité des entreprises. Pas ou peu de solutions de chômage partiel ou d’encadrement législatif dans la relation professionnelle se traduisent forcément par des mises à pieds rapides et massives au fur et à mesure que se propage l’épidémie aux Etats-Unis. A fortiori quand le confinement de la population ampute forcément les dépenses de consommation qui représentent les 2/3 du PIB.


Certaines entreprises, toujours aux Etats-Unis choisissent de préserver les emplois et la couverture de santé alors elles coupent dans les revenus et dans leur participation aux plans de retraite. L’effet richesse, étant un élément déterminant du moral des ménages et donc de leur propension à consommer, prend des coups de toute part et nous n’en sommes qu’au début là-bas.


Donald Trump après sa phase de déni initiale a cru bon hier de prévenir sa population que les 2 semaines à venir serait « très très douloureuses ». On peut bien entendu critiquer les communications de la Maison Blanche, qui prévoyaient un retour à la norme pour Pâques, mais que doit-on penser du marché qui fait mine de redécouvrir depuis hier que les répercutions économique seront lourdes?


La situation épouvantable dans l’état de New-York n’est pas nouvelle. Le gouverneur Cuomo annonce la catastrophe depuis plus d’une semaine, quotidiennement. Mais avec des chiffres qui frappent désormais l’imaginaire cela sonne comme une lourde piqûre de rappel.


Encore la semaine passée, le directeur de l’institut national des allergies et des maladies infectieuses, anticipait un bilan de 100 à 200 000 morts. Mais les marché actions américains, depuis 10 jours (et le plus violent rebond depuis les années 30, tout aussi irrationnel que la plus forte baisse depuis aussi les années 30 la semaine précédente) renvoie un étrange voir désagréable sentiment :

celui d’une sorte de résilience cupide, d’un fatalisme curateur. Reléguer les victimes, de ce drame sanitaire qui s’annonce, au rang de simple victimes collatérales de la poursuite d’une activité économique pourtant impossible. « The show must go on » semblait plus que jamais s’appliquer aux Etats-Unis. L’idée d’un capitalisme toujours plus fort qu’un virus. Il transparaissait une certaine insouciance (inconscience pour le reste de la planète) et du fatalisme à l’endroit des victimes. Le marché montait donc indépendamment de la détérioration sanitaire. Ça ne semble plus le cas depuis 2 jours.


Quand le président Trump a fait part de sa contrariété entre les conséquences économiques désastreuses du Covid19 et ses coûts humains, considérant que l’économie était la priorité, il a soulevé un sujet éthique (très certainement bien malgré lui diront les plus moqueurs d’entre nous), mais les marchés ont adhéré. Certains économistes lui ont même emboité le pas, mais avec des nuances sémantiques.


Quand on décide aux urgences de certains hôpitaux, dans certains pays, et en fonction de certaines circonstances, de ne plus intuber une personne de plus de 75 ans, n’agissons-nous pas de la même façon?

Contrairement à 2008, personne ne s’élève contre les plans de relance ou de soutien. Simplement parce l’origine de la crise n’est pas une crise de cupidité mais une crise sanitaire.


Comme il n’y a pas de ‘responsable’ les gouvernements et les banques centrales peut intervenir sans risquer le coût de bâton de l’aléa moral. Les montants pharaoniques sont à l’image du choc récessif à venir. Pour certains économistes (on se rappellera quand même qu’il y a 3 semaines personne n’envisageait un choc récessif d’une telle ampleur, tout au plus un choc d’offre) ce ne sera pas suffisant, mais une fois encore c’est le genre de réflexion totalement stérile.


Il faut agir vite et fort. C’est l’histoire et donc le recul qui nous permettra d’être tout à coup tous très intelligents et de dire ce qu’il fallait faire. Malheureusement dans les vraies vies, pas celle des salons ou des dîners en ville il faut agir en fonction des éléments à disposition. Et la crise actuelle a ceci de particulier : On ne peut pas maîtriser, ou très peu, la propagation d’un virus et l’inconnue est totale quant aux répercutions économique. Attendons-nous à ce que d’autres plans soient annoncés ou que des choix de santé publique soient pris.


Et le retour à la normalité sera lui aussi inédit.


Quelles seront les conséquences sociales et psychologiques du confinement, les dettes des États émises pour supporter des plans de relance et souscrites en tout ou partie par les banques centrales seront-elles partiellement en défaut organisées ou alors les contribuables en assumeront-ils le coût fiscal? Les consommateurs auront-ils seulement les moyens d’envisager un retour à la normale? Les entraves à la vie privée sous couvert d’objectif sanitaire ne créeront-ils pas un précédent? Même chose pour la nationalisation de certaines sociétés et la suppression des dividendes ‘suggérée’ par les États providences. Est-ce que la volonté affichée de produire à nouveau localement, et de mettre en avant l’indépendance de l’offre, ne suscitera pas, par extension, de nouveaux relents nationalistes. N’y aura-t-il pas aussi des conséquences économiques lourdes, liées au ralentissement de la globalisation, pour les pays d’Asie du Sud Est en développement? Et que penser de la pertinence du revenu universel? Totale ineptie il y a peu et présenté désormais comme un rempart économique?


Qui aurait pensé qu’un coronavirus impacte à ce point notre référence de vie ? Bill Gates visiblement en 2015 lors d’une conférence TED. (Lien vidéo)


Prenez soin de vous et de vos proches, restez chez vous et « ça va bien aller ».

- Olivier Armangau


Les thèmes de la semaine



Marchés européens


Les marchés sont repartis à la baisse après le fort rebond de la semaine passée dans le contexte du développement déplorable de la situation du Covid-19 aux États-Unis et aux abaissements continus des prévisions de croissance.


L’Eurostoxx perd 4.28% sur la période mais la panique semble se dissiper progressivement puisque le Vstoxx finit également en baisse de 10.48% sur la période.

Récap sur le 1er trimestre 2020


Protestation à Hong-Kong, tensions élevées dans le conflit irano-américain, guerre commerciale qui continue et signature de l’accord de « phase 1 » entre la Chine et les États-Unis, le réchauffement climatique qui cause les incendies les plus dévastateurs en Australie, et enfin le Coronavirus sont les principaux événements, parmi tant d’autres, qui ont marqué le début de l’année de 2020.


Toutefois, c’est bel et bien ce dernier qui aura été l’événement du trimestre et qui devrait l’être pour les prochains également. Le développement du Covid-19 a fait baisser les bourses mondiales de manière drastique, avec des mouvements d’actifs semblables à ceux des précédentes crises internationales.


Sur le trimestre, l’Eurostoxx 600 a perdu plus de 23% sur le trimestre et le S&P500 perd 20%. Toutefois, ces mouvements ont été extrêmement rapide puisqu’en date du 21 février les indices étaient positifs d’environ 3% sur le trimestre et légèrement plus d’un mois après, le 23 mars, ils étaient à leur plus bas sur le trimestre, négatifs de 32.5% et 30.7% respectivement. Les indicateurs de volatilité ont ainsi explosé face à ces baisses rapides, sur le trimestre le Vstoxx et le Vix augmentent de 248% et de 288% respectivement.


Mise à jour sur le Covid-19


Au niveau mondial, le nombre de cas confirmés et probables de Covid-19 dépasse les 883,000 et le nombre de décès est de 44,156 selon Johns Hopkins CSSE en date du 1er avril, soit un taux de mortalité d’environ 5%. Le nombre de cas confirmés en-dehors de Chine est désormais de 800,864 et représente 90.7% du nombre total de cas.


L’Italie continue d’être accablée par cette pandémie qui frappe le pays avec le taux de mortalité en hausse et le plus élevé mondialement, à 11.7%. Toutefois, une lueur d'espoir sur l'amélioration de la situation au sein du pays est aperçue puisque depuis dimanche 29 mars, le nombre de cas quotidiens est en baisse.


Cependant le pays le plus à risque est désormais les États-Unis. Mercredi dernier, les États-Unis atteignaient les 83,800 cas, devenant le pays avec le plus de cas au niveau mondial et dépassant tout juste la Chine qui détenait la première place depuis le début de la pandémie. Hier, ce nombre avait plus que doublé pour atteindre les 189,700 cas. Bien que le taux de mortalité soit relativement faible à date, environ 2.2%, la maturité des cas est relativement jeune et le rythme de propagation est nettement plus important. Alors que l’Italie dépassait les 1,000 cas le 28 février, les États-Unis les ont dépassés seulement le 10 mars, correspondant depuis ce stade à une progression journalière pondérée des cas de 15% en Italie contre 28% aux États-Unis. De plus, le nombre de morts aux États-Unis dû au Covid-19 ont désormais dépassé le nombre symbolique de morts lors des attaques du 11 septembre 2001. Enfin, le président américain s’est ravisé en ce début de semaine, prévenant qu’il fallait que le pays s’attende à deux semaines difficiles et que le nombre de décès pourrait atteindre entre 100,000 et 240,000 même en respectant les directives sanitaires et de distanciation sociale.


Par ailleurs, Boris Johnson a été testé positif au Coronavirus dimanche dernier et est le premier dirigeant mondial à être infecté.



Paiement des dividendes en pause


La tendance à l'arrêt des paiements a déjà commencé dans toute l'Europe. Les banques, dont UniCredit, ABN Amro et ING Groep, ont suspendu le paiement des dividendes sur les bénéfices de 2019 après que la BCE ait demandé vendredi 27 mars aux banques de reporter les versements au moins jusqu'en octobre. Andrea Enria, le principal superviseur de la banque centrale, a déclaré qu'il serait socialement irresponsable de continuer à les distribuer en ces temps exceptionnels. La banque centrale a déclaré la semaine dernière que l'arrêt des versements aux actionnaires permettrait aux banques de conserver 30 milliards d'euros de capital qu'elles pourraient utiliser pour prêter davantage ou absorber les pertes si le crédit tournait mal.


Ce même jour, en France, le ministre de l’Économie a été très clair : les aides seront refusées aux entreprises qui persistent à verser les dividendes. Toutes les entreprises qui ont retardé leurs obligations fiscales devront rembourser l'État et payer des pénalités si elles procèdent à des versements de dividendes et toute grande entreprise qui ne se plie pas à ces directives ne pourra pas non plus bénéficier de l’aide d’États des 300 milliards d'euros de garanties de prêts.


L’Allemagne a suivi son voisin ce lundi en invitant également ses sociétés cotées en bourse à suspendre le versement de dividendes afin de pouvoir bénéficier d'aides gouvernementales destinées à atténuer l'impact de la crise du coronavirus. L'Allemagne met à disposition des milliards de prêts par l'intermédiaire de la KfW. La KfW dispose de 500 milliards d'euros pour stimuler la liquidité des entreprises aux prises avec un effondrement de la demande.


Enfin, quelques jours après sa première recommandation, la BCE a intensifié la pression sur les banques pour qu'elles reportent le paiement des dividendes. La banque centrale attend des banques qu'elles se conforment à ces mesures, mais elle peut les forcer par d'autres moyens tel que des mesures juridiques contraignantes, si nécessaire, a déclaré Andrea Enria. L'autorité de surveillance bancaire qui a autorisé les prêteurs à puiser dans leurs réserves de capital et à prendre plus de temps pour s'attaquer aux prêts douteux au début du mois, des mesures qui ne sont pas censées enrichir les actionnaires. L'idée est que les crédits et les aides accordées par les pays et la banque centrale ne finissent pas par être versés aux actionnaires mais permettent de soutenir les entreprises et particuliers qui sont affectés.



Dégringolade sur l’or noir


Le pétrole continue sa chute lancée par le cocktail explosif du choc de demande et de la confrontation entre la Russie et l’Arabie Saoudite. Le pétrole a ainsi atteint un plus bas de 18 ans ce lundi et la tendance ne semble pas diverger puisque les économies prolongent unes à unes leurs mesures de confinement et ni la Russie ni l’Arabie Saoudite ne montrent de signe de détente en inondant le marché. Riyad a notamment déclaré lundi qu'elle augmenterait ses exportations de 600,000 barils par jour dans les mois à venir. Les inventaires de brut aux États-Unis en date du 1er avril sont d’ailleurs ressortis à 13.8 millions de barils contre 3.9 estimés.

- Aymeric Graindorge



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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 1er avril 2020 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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