La ligne droite vers le ciel



La ligne droite vers le ciel

Les semaines se suivent et se ressemblent. Avec d’un côté des marchés qui marchent sur l’eau du prochain vaccin, et de la magie du déconfinement, et de l’autre des réalités économiques sombres pour un plus grand nombre d’entreprises et de personnes.

Désormais, comme chaque jeudi depuis 5 semaines, les mots ‘espoir’ ‘positif’ ‘encourageant’ côtoient des situations humaines dramatiques. Cette semaine ce sont donc 2.123 millions d’américains qui ont appliqué pour une nouvelle demande d’allocation chômage.

Ce sont désormais 48 millions d’américains depuis la mi-mars qui se sont enregistrés. Mais comme 2.1 millions c’est moins que les 2.4 millions de la semaine passée, le marché se réjouit. Et comme les demandes baisses chaque semaine cela traduit une dynamique positive puisque certaines personnes retrouvent du travail.

Le taux de chômage de 14.7% pour avril n’est pas non plus une inquiétude car les intervenants considèrent que ce sont des pertes d’emploi momentanées et que la reprise de l’emploi sera aussi rapide que la reprise du marché action. Les demandes d’allocation chômage ne le confirment pas encore, même si la dynamique est moins mauvaise, mais qui s’en soucie donc !

Dans la même veine, les commandes de bien durable sont sortis en baisse de 17.2%. C’est mieux que le consensus qui tablait sur 18.2%. C’est pire qu’en mars (qui a aussi été révisé à la baisse à 16.6%). Mais à nouveau, ce n’est pas du tout un sujet.

Quant au PIB pour le 1er trimestre, il est ressorti à un taux annualisé de -5% en deuxième estimation (un peu plus donc que les -4.8% de la 1ère estimation du mois dernier). C’est largement moins pire que les 8.4% de baisse du 4ème trimestre 2008. En toute logique c’est la consommation des ménages (2/3 du PIB) qui impacte la donnée.

Les tensions avec la Chine, sont toujours présentes.

Le secrétaire d’état Mike Pompéo a ainsi déclaré que Hongkong n’était plus autonome de la Chine (sous entendant donc que le territoire ne pourra plus bénéficier de son statut privilégié dans sa relation commerciale avec les États-Unis) et l’éventualité d’une extradition de la numéro 2 de Huawei vers les États-Unis s’est un peu plus précisée hier après la décision de la cour suprême de Colombie-Britannique qui a rejeté les arguments présentés par les avocats de la dirigeante financière de Huawei.

La cour considère que le crime reproché à Madame Meng par les États-Unis a son équivalent au Canada. Par conséquent une demande d’extradition est recevable. On se rappellera que son arrestation en décembre 2018 avait exacerbé les tensions entre les 2 supers puissances.

Finalement, l’impression générale qui se dégage depuis quelques semaines c’est que les nouvelles économiques, les éléments géopolitiques, et d’une manière plus large tout ce qui pourrait impacter le marché, n’est finalement que du bruit.

Le désastre économique lié à la Covid-19 étant désormais considéré comme une simple anomalie, il y a donc une certaine ‘logique’ de la part des intervenants de ne pas tenir compte de l’environnement. Mais en poussant le raisonnement, d’autant plus facilement que nous baignons dans l’aléa moral depuis des années, il est tout à fait réaliste que chaque futur accident soit aussi considéré comme une anomalie par les intervenants.

En quelque sorte qu’est-ce qui empêchera d’occulter un évènement négatif dès lors que celui-ci sera avantageusement considéré comme une simple difformité.

Avec une FED qui se tient prête à acheter le marché action via les ETF, après avoir nationalisé ou presque le marché obligataire (oui je me répète depuis quelques semaines mais c’est une telle énormité qu’il est difficile de ne pas y revenir, même si pour la vaste majorité des intervenants cette action de la FED est somme toute normale) il est ‘certain’ pour les intervenants que la seule variation possible est celle de la ligne droite vers le ciel.

Manifestement il faut s’en réjouir.



- Olivier Armangau


Les thèmes de la semaine



Marchés européens


Les marchés ont surfé sur les nouvelles de relâchement des mesures pour contenir le Covid-19 et ainsi sur les espoirs de retour aux activités économiques à la « normale » aux quatre coins du monde.

L’Eurostoxx gagne 3.69% sur la période, mais la volatilité implicite indique une hausse sans conviction alors que le Vstoxx augmente de 0.99%.




Indépendance de Hong Kong remise en question


La semaine dernière, Pékin a présenté un projet de loi sur la « sécurité nationale » qui contournera la législature de Hong-Kong, ravivant les inquiétudes concernant l’avenir politique et l’autonomie de Hong-Kong et a déclenché des protestations au cours du week-end et ce mercredi. Cette loi permettrait aux forces de sécurité de la Chine continentale d'opérer à l'intérieur de Hong-Kong, mais les détails restent encore inconnus.

Cette loi sur la sécurité nationale a toujours fait partie de l'obligation constitutionnelle de Hong-Kong envers la Chine. Initialement, la Chine aurait délégué l’obligation d’imposer cette loi au territoire mais il a été dans l’incapacité de la mettre en place depuis 23 ans, la dernière tentative d’introduction de celle-ci en 2003 avait notamment été abandonnée à la suite de protestations de masse.

Toutefois, Pékin estime désormais qu'il est urgent d'introduire cette loi et a décidé d’en prendre les devants. Le gouvernement chinois estime qu'il y a de sérieux problèmes de sécurité nationale à Hong-Kong, notamment en raison des troubles sociaux de longue date déclenchés par les protestations contre le projet de loi d'extradition abandonné l’année dernière. Ainsi, que cela plaise ou non à Hong-Kong, Pékin est sur le point d'introduire sa nouvelle loi de sécurité nationale.

La proposition de loi a été accueillie avec indignation dans la ville et par la communauté internationale. En cause, des lois de sécurité nationale de grande envergure ont été utilisées en Chine continentale pour cibler les militants des droits de l'homme, les avocats, les journalistes et les militants pro démocratie. Ainsi, des manifestations en réponse au projet de loi ce sont déroulées dimanche dernier et ce mercredi mais elles ont été accueillies par de fortes présences policières.

Les États-Unis, l'Union Européenne, la Grande-Bretagne et d'autres pays ont également exprimé leur inquiétude au sujet de cette législation, largement considérée comme un tournant possible pour la ville la plus libre de Chine et l'un des principaux centres financiers du monde. Le secrétaire d'État américain, Mike Pompéo, a par ailleurs déclaré qu'il avait certifié au Congrès ce mercredi que Hong-Kong ne jouissait plus d'un degré élevé d'autonomie par rapport à la Chine, une décision qui pourrait entraîner la perte du statut commercial spécial de Hong Kong avec les États-Unis et menacer la position de la région autonome en tant que centre financier international.

La Chine a toutefois précisé qu’elle prendrait les contre-mesures nécessaires à toute ingérence étrangère.

La bourse de Hong-Kong a perdu 4% depuis l’annonce du projet de loi, mais les autres bourses mondiales ne semblent pas ou peu s’en préoccuper pour le moment malgré l’impact d’un envenimement de la situation que cela pourrait avoir dans les relations sino-américaines.


L'UE propose un fonds de récupération des coronavirus de 750 milliards d'euros


La Commission européenne a exposé ce mercredi son plan de relance post-pandémie qui s’élève à 1.85 trillions d’euros. Ce plan s’appuie à la fois sur le budget à long terme de l’UE de 2021-2027 qui s’élève à 1.1 trillions d’euros et sur un fonds de relance spécial - projet qui avait été proposé par Angela Merkel et Emmanuel Macron la semaine dernière.

Ce fonds de relance interviendrait au moment où l’Union entre dans la récession la plus grave de son histoire. Pratiquement tous les pays ont dépassé la limite du déficit de l'Union Européenne en dépensant pour maintenir en vie leurs systèmes de santé, leurs entreprises et leurs emplois.

Pour financer cette initiative, la Commission propose d'emprunter de l'argent sur les marchés financiers. L'exécutif européen bénéficie d'une notation de crédit triple A, qui lui permettra d'obtenir des conditions de prêt très favorables et des taux d'intérêt modérés. Les remboursements ne commenceraient pas avant 2028, la totalité du montant étant due après 30 ans.

Les deux tiers du fonds de relance, soit 500 milliards, prendront la forme de subventions, tandis que le reste sera constitué de prêts assortis de conditions que les pays pourront demander. L'Italie et l'Espagne seraient chacune éligibles à environ 80 milliards d'euros de subventions. La France et la Pologne auraient chacun accès à environ 38 milliards d'euros, tandis que l'Allemagne pourrait obtenir 28 milliards.

Les subventions ne seront pas simplement remises. Les pays devront présenter une demande, en précisant leurs objectifs et les réformes qu'ils envisagent d'entreprendre pour assurer la résilience de leur économie à l'avenir. Les demandes devront être approuvées par les partenaires de l'UE.

Toutefois, la proposition faite la semaine dernière par la chancelière allemande et le président français pour un fonds de relance de 500 milliards d'euros avait suscité une controverse auprès des habituels réticents (Pays-Bas, Suède, Danemark, Autriche). La question de savoir à quel point le financement sera lié à des subventions ou à des prêts reste un point de friction.

Donald Trump s’attaque aux réseaux sociaux


Le réseau social Twitter, par lequel le président américain s’exprime énormément, a pris la décision sans précédent mardi soir d'appliquer pour la première fois une étiquette de vérification des faits au contenu de Trump. Ce label, que Twitter a conçu pour lutter contre la désinformation et les affirmations non vérifiées, a été relié à une page organisée avec des liens et des résumés d'articles décrivant comment les affirmations de M. Trump sur les bulletins de vote par correspondance sont infondées.

Donald Trump, qui n’a évidemment pas apprécié, a menacé ce mercredi de réglementer ou … de fermer les entreprises de médias sociaux en tweetant : « Les républicains estiment que les plates-formes de médias sociaux font totalement taire les voix des conservateurs. Nous allons les réglementer fortement, ou les fermer, avant de permettre que cela se produise ».

Ce mercredi, Trump a également déclaré qu’une « grande action » était à venir concernant les médias sociaux, mais a refusé de préciser ce que cela pourrait être. La menace n’en est pas moins claire d'utiliser le pouvoir du gouvernement pour cibler ses ennemis politiques dans les entreprises de réseaux sociaux, des entreprises qui bénéficient d'une grande latitude juridique pour modérer leurs plateformes comme elles le jugent bon.

Les représentants de Twitter et Facebook n'ont pas commenté les tweets de Trump. Les actions des entreprises ont baissé à l’ouverture des marchés, Facebook et Twitter perdaient 2.9% et 4.3% à la mi-journée.


Retour progressif à la « normale »


De plus en plus de pays relâchent leurs mesures afin de permettre à l'activité économique de revenir à des niveaux plus normaux alors que les mesures de confinement sont allégées dans le monde entier.

Le Japon a mis fin à son état d'urgence. Les économies semblent redémarrer alors que les commerces rouvrent en Europe et aux États-Unis. La Grande-Bretagne a notamment présenté des plans pour permettre l'ouverture de points de vente au détail dans les semaines à venir. Les frontières semblent également sur la voie de réouverture alors que l'Allemagne et l’Espagne seraient prêts à lever les fermetures de frontières.

Ces relâchements de mesures impactent les indicateurs de sentiment qui indiquent un optimisme accru quant à une reprise de l'activité économique au cours du second semestre de l'année. Les PMIs européens sont ressortis en hausse et supérieurs aux attentes. De même pour l’indicateur Ifo du sentiment des milieux d'affaires en Allemagne en mai, passant de 74.2 en avril à 79.5 ce mois-ci alors que le consensus était logé à 78 en moyenne.


- Aymeric Graindorge



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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 28 mai 2020 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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