La furie haussière



La furie haussière


Les stratèges de marchés ont beau mettre en avant des éléments rationnels (économiques) pour indiquer que le rebond est non seulement trop rapide et trop fort, force est de constater que le marché s’installe dans une furie haussière.

La rhétorique est toujours la même : La confiance du marché s’amplifie dans la capacité de l’économique américaine de retrouver ses niveaux antérieurs grâce à un déconfinement sécuritaire. La fameuse seconde vague ne semble pas se matérialiser, en Chine le retour à la normalité économique semble se confirmer, les espoirs sur les vaccins se concrétisent, les soutiens budgétaires et monétaires sont une réalité, les surprises économiques se multiplient (ce qui est tout à fait logique vu que les référentiels d’avril étaient ceux d’économies complétement à l’arrêt !) et donc l’optimisme ne peut être que général. Chaque nouvelle ne peut qu’alimenter la conviction de la fameuse reprise en V.

Cerise sur le gâteau, des indicateurs techniques sur les principaux indices (franchissement à la hausse des moyenne mobiles 200 jours) conforte les investisseurs systématiques. Ce n’est évidemment pas l’assurance d’une tendance haussière perpétuelle (forcément si l’on vient de croiser à la hausse c’est que précédemment nous étions sous la moyenne mobile et que nous l’avions aussi croisée mais à la baisse) mais ça y ressemble pour la grande majorité des intervenants.

Alors que les tensions entre la Chine et les Etats-Unis n’avaient pas altérer la hausse des indices, la détente supposée entre les deux pays est mise en avant pour expliquer maintenant la nouvelle hausse des indices.

Qu’il soit vide ou à moitié plein, le verre reste donc toujours totalement plein pour les intervenants. Il n’y a absolument aucune nouvelle qui semble susceptible non pas de faire baisser le marché, mais simplement de le calmer. Bien évidement les manifestations plus ou moins pacifistes, en dépit des couvre-feux, entourant le décès de l’afro-américain Georges Floyd lors de son interpellation par la police, n’ont aucun impact sur les indices, mais on peut déjà être certains que lorsqu’elles seront terminées ce sera un nouvel élément positif mis en avant par les commentateurs pour justifier la poursuite de la hausse.

Un peu plus fondamentalement, la rotation sectorielle des valeurs de croissance vers les valeurs value semble être aussi un nouveau soutien de marché, plus particulièrement les valeurs qui avaient bénéficié du confinement au détriment des valeurs qui profitent maintenant du déconfinement. Le sempiternel ‘short squeeze’ alimente également les indices.

Demain, la BCE devrait choyer les marchés en augmentant la taille de son programme d’achat spécial Covid (PEPP) et/ou annoncer une prolongation de celui-ci, puisque le programme actuel sera épuisé en octobre. Même si le marché anticipe un retour à la normale extrêmement rapidement, il continue bien sûr à souhaiter un soutien sans limite et permanent des banques centrales. Dans l’éventualité où la BCE n’annoncerait rien ou pas suffisamment il n’est même pas certains, dans le contexte d’extase actuel, que la déception se matérialise par une baisse du marché. Éventuellement on pourrait assister à des écarts de taux sur la dette périphérique, mais ça relèverait davantage de la gesticulation que de la conviction. Le consensus table sur une rallonge de 250 milliards. Les plus optimistes parient sur un 500 milliards mettant en avant une incertitude économique élevée que pourtant la hausse des indices ne confirme absolument pas. Mais ce n’est pas le sujet.

Les prévisions économiques de la BCE seront certainement aussi révisées (à la baisse). Ce sera probablement un nom événement puisque désormais il est acquis qu’aussi gigantesque soit-il, le ralentissement économique doit être considéré comme un simple événement singulier, car cette situation sera transitoire (c’est pourtant le cas de toutes les récessions et dépressions précédentes) et surtout parce qu’il est ancré bien profondément dans l’esprit des intervenants que la reprise sera très forte et très rapide.

Les stratèges de marché continuent néanmoins d’être partagés par la force et la rapidité du rebond. Certains ont donc opportunément abandonné leur scénario de repli de court terme quand d’autres tout aussi opportunément réajustent leurs niveaux de fin d’année.

Sans jouer les cassandres et en espérant échapper au bûcher, risquons-nous à mentionner deux éléments ‘modérateurs’.

Une étude de Becker-Friedman Institute de l’Université de Chicago avance que 42% des licenciements seraient définitifs. Ils mettent en avant que la Covid-19 a eu et aura des effets permanents sur certaines industries. Que l’étude soient trop pessimiste ou réaliste n’est même pas la question. Elle devrait à minima être considérée comme un élément de nuance dans le sentiment actuel du rebond en V.

Le CBO (The Congressional Budget Office), une agence fédérale américaine apolitique aurait aussi pu gâcher la fête cette semaine. Que nenni !

L’agence a indiqué que la pandémie de la Covid-19 impacterait négativement le PIB américain de 15.7 trillions de dollars au cours des 10 prochaines années. Le rapport indique que « les fermetures d’entreprises et les mesures de distanciation sociale devraient réduire les dépenses de consommation, tandis que la récente baisse des prix de l’énergie devrait abaisser considérablement les investissements américains dans le secteur de l’énergie ». Le rapport relativise également l’impact positif du récent plan de relance (3.6 trillions de dollars).

Si le CBO estime que la croissance américaine prendra 10 ans pour revenir à son niveau de production de richesse qui prévalait avant la pandémie, c’est aussi parce que la consommation des ménages va devoir aussi s’affranchir d’un réflexe de survie qui se caractérise par un taux d’épargne beaucoup plus élevé, et par une consommation différente.

Les besoins des entreprises seront également différents. Après avoir constaté que finalement le travail à distance ça fonctionne bien, elles vont revoir, par exemple les budgets de voyages et les espaces de travail. De même, les salariés aspireront certainement à des valeurs plus humaines et moins pécuniaires qui se traduiront par une moindre productivité. Ce qui incitera en retour également les entreprises qui le peuvent, à accroitre leur productivité par une robotisation plus importantes ou par un recours plus important à ‘l’intelligence artificielle’ pour le traitement de tâches simples autrefois réalisées par des salariés. Enfin, quand les programmes d’aides salariales (subvention aux entreprises ou soutiens directs aux salariés) arriveront à leur terme d’ici quelques semaines, les faillites d’entreprises seront inéluctables, et le chômage partiel migrera malheureusement en licenciement.

Évidement certains secteurs sauront s’adapter et des opportunités nouvelles voient le jour depuis cette pandémie, mais c’est pour l’heure marginal.

Rarement, voire jamais, l’incertitude économique ne s’est traduite par une telle extravagance du marché.



- Olivier Armangau


Les thèmes de la semaine



Marchés européens


Même histoire que la semaine précédente, les marchés ont surfé sur les nouvelles de relâchement des mesures pour contenir le Covid-19 et les espoirs de retour aux activités économiques à la «normale» malgré des statistiques économiques toujours maussades et les tensions sino-américaines.

L’Eurostoxx gagne 7.16% sur la période, mais la hausse de la volatilité implicite pour la deuxième semaine consécutive indique une hausse sans grande conviction, le Vstoxx augmente de 0.71%.




Révolte aux États-Unis


Le meurtre de George Floyd par un officier de police de Minneapolis, Derek Chauvin, le 25 mai a déclenché une série de protestations et d’émeutes contre les brutalités policières. Ces manifestations ont commencé dans la région métropolitaine de Minneapolis-Saint Paul du Minnesota avant de se répandre dans tous les États-Unis et maintenant dans le monde entier. La croissance rapide de ces manifestations a amené plus d’une dizaine de grandes villes américaines à déclarer un couvre-feu au cours du week-end dernier.


Bien que ces protestations concernant le meurtre de George Floyd soient importantes et alarmantes, les acteurs du marché semblent rester concentrés sur la réouverture de l'économie en raison du coronavirus. Les investisseurs ont tendance à considérer les troubles civils comme exceptionnels et ne s'attendent pas à ce qu'il en découle des changements économiques structurels.

Par ailleurs, historiquement le marché a tendance à regarder au-delà de ces développements. Les analystes prennent en exemple des soulèvements de la population qui s’apparentent à la situation comme à la suite de l'assassinat du président John F. Kennedy en 1963, lors de la marche pour les droits civils à Selma en 1965, les manifestations contre la guerre du Vietnam en 1967, après l'assassinat du Dr Martin Luther King Jr. en 1968 et les émeutes de 1992 provoquées par le passage à tabac de Rodney King par la police. Au cours de ces événements, le S&P500 n’a pas été significativement impacté et au contraire, il a continué sa croissance.



Toutefois, dans ce contexte de pandémie, les protestations soulèvent certains risques importants. En effet, les rassemblements de masses pourraient amorcer une deuxième vague d’infection alors que le pays peine à contenir la première. De plus, la reprise économique étant déjà fragile, elle pourrait être plus longue et laborieuse si ces manifestations venaient à perdurer car cela impacterait le moral des consommateurs – nerf de l’économie américaine – et pourrait assouvir certains Etats à court de liquidités.


Pékin contre-attaque


Malgré le contexte de crise sanitaire et la lenteur des importations de produits agricoles en provenance des États-Unis, le gouvernement chinois avait réitéré sa volonté de respecter ses engagements le mois dernier concernant l’accord de « phase 1 ». Toutefois, les récentes évolutions des relations sino-américaines ont continué de se détériorer en raison des accusations de l’administration Trump envers la Chine concernant la responsabilité du Covid-19 et de l’ingérence américaine dans la mise en place de la loi sur la sécurité nationale à Hong-Kong. Ainsi, ces récentes évolutions semblent corrompre peu à peu l’accord signé en janvier.

En effet, des personnes familières avec la situation ont déclaré que des fonctionnaires chinois auraient demandé aux entreprises agricoles d'État de suspendre leurs achats de certains produits agricoles américains, notamment de soja, alors que Pékin évalue une éventuelle réponse américaine à propos de Hong-Kong. Toutefois, ces rumeurs sur les suspensions du programme d’achat n’ont pas été soutenues par des déclarations officielles et apparaissent davantage comme une menace pour le moment. Le Global Times, un tabloïd du Parti communiste, a d'ailleurs publié lundi un article citant des experts chinois qui ont déclaré qu'une pause dans les importations agricoles pourrait être une préparation pour des représailles contre les mesures américaines sur Hong-Kong.

De plus, le gouvernement chinois profite des protestations aux États-Unis et des comportements de la police. Les médias d'État chinois mettent en avant les discours et tweets anti-protestation radicaux du président Donald Trump et la dénonciation des manifestations et des émeutes par les législateurs américains, tout en dénonçant l'hypocrisie des États-Unis concernant le soutien apporté auparavant aux manifestations à Hong-Kong, en citant les tactiques de la police américaine comme preuve de la relative retenue de la police de de Hong-Kong.

Ces accusations sont la tentative de Pékin de saper les affirmations d'autorité morale de Washington sur la question de Hong-Kong et sur la question des droits de l'Homme en général. Souligner les troubles et la violence aux États-Unis est une façon pour la Chine de marquer des points dans la rivalité stratégique et économique croissante entre les deux pays.


Second plan de relance Allemand


La coalition de la chancelière Angela Merkel a accepté un plan de relance de 100 milliards d'euros ce mercredi pour lutter contre l'impact du coronavirus sur l’économie allemande, quelques jours seulement après que l'UE ait publié son propre plan de sauvetage historique de 750 milliards d'euros.

Après un premier plan de relance en mars, le gouvernement de Mme Merkel s'est engagé à dépenser tout ce qu'il faudra pour relancer la croissance du pays. En incluant les programmes visant à garantir la liquidité des entreprises, l'Allemagne a mis à disposition plus de 1.2 trillions d'euros, soit de loin le montant le plus élevé de l'Union européenne.

Les détails du plan de relance n’ont pas encore été dévoilés mais les mesures envisagées prévoient des allègements fiscaux pour les entreprises et les consommateurs, des subventions pour les familles et une aide aux municipalités.


- Aymeric Graindorge



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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 3 juin 2020 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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