L’extase des marchés




L’extase des marchés

La bipolarité du marché s’est une fois encore illustrée cette semaine. Le pessimisme excessif suite au PMI américain a laissé la place à un optimise exacerbé. Après un accord partiel entre chinois et américains (doutes et incertitudes sont pourtant les 2 références les plus utilisées par les observateurs pour qualifier cet accord), désormais le marché s’emballe sur un accord sur le Brexit qui pourrait sortir du chapeau européen avant le sommet de demain.


Sur les 2 sujets il n’y a pourtant pas grand-chose de concret, mais comme à l’accoutumée ce sont les grands titres et l’espoir qui font le marché.


A la lecture des indices, et autres commentaires de stratèges de marché, il semble désormais acquis que ces 2 sujets anxiogènes (guerre commerciale et Brexit) ne génèreront plus d’incertitudes, indépendamment même de leur issue !!


Même « l’indignation » de Pékin suite à l’adoption d’une « loi sur les droits de l’Homme et la démocratie à Hong-Kong » et les « mesures énergiques » en représailles suggérées par la Chine, ne provoquent plus de mouvements de marché. Sur ce même sujet, les réactions étaient pourtant épidermiques il y a quelques jours !! Cette loi, qui doit encore être examinée par le Sénat, avant une promulgation (eventuelle) par le président Trump, permettrait au département d’État de conditionner le statut commercial spécial de Hong-Kong au respect des droits civils par celui-ci !! Alors que les démocrates continuent de collecter les éléments à charge pour la destitution du président, il y a quand même un petit côté amusant de voir son administration se draper de moralité.


Bref, le marché va donc se concentrer sur la saison des résultats. Le bal des publications a été ouvert hier par 4 des 6 grandes banques américaines. Et les résultats sont jugés comme étant plutôt bons.


Visiblement les opérateurs ont apprécié les résultats de JPMorgan et tout particulièrement ses propos très positifs sur la croissance américaine et les perspectives de consommation des américains. Ce qui est saisissant c’est qu’il y a peu, ces mêmes banques ne parlaient que de récession et autre inversion de courbe (d’ailleurs l’inversion n’est plus constatée depuis quelques jours). Les intervenants craignaient que les marges d’intérêt altèrent très sensiblement leur rentabilité. Visiblement ce n’est pas le cas. Ainsi Goldman Sachs, Citigroup et Wells Fargo ont également reçu un accueil positif du marché sur des résultats jugés par les analystes comme étant mitigés. C’est semble-t-il davantage la manifestation d’un soulagement qu’une conviction particulièrement positive qui poussait les cours hier.


Dans ce contexte d’extase, la publication des perspectives économiques d’automne du FMI n’a visiblement pas passionné les foules. https://www.imf.org/fr/Publications/WEO/Issues/2019/10/01/world-economic-outlook-october-2019


Sans surprise, les incertitudes liées à la guerre commerciale, au Brexit, au ralentissement chinois et au contexte géopolitiques sont désignées comme les responsables du ralentissement synchronisé de l’économie mondiale. Toujours selon le rapport, la résistance dans le secteur des services et la dynamique positive du marché de l’emploi ont été et continueront d’être des éléments de soutien.


Madame Gopinath relève cependant que « La divergence entre le secteur manufacturier et celui des services est d’une durée inhabituellement longue, ce qui suscite des inquiétudes quant à une éventuelle répercussion de la faiblesse de l’industrie manufacturière sur le secteur des services et quant au moment où elle pourrait se manifester ».


L’institution indique également que les tensions commerciales auraient un impact de 0.8 point sur la croissance mondiale de 2020. Croissance qui devrait cependant accélérer. La cheffe économiste justifie les actions des banques centrales, et indique que désormais les politiques monétaires ne sont plus suffisantes (pour ne pas dire qu’elles ont atteint leur limite). Sans ces dernières la croissance mondiale aurait été plus faible de 0.5 point. Elle appelle logiquement, à une prise de relai budgétaire/fiscal. L’Allemagne est désignée comme un candidat naturel à une telle politique.


Enfin, comme le martèle Mario Draghi depuis des années, le FMI exhorte les pays à des réformes structurelles. Un chapitre entier y est même consacré…


Il servira certainement à allumer bon nombre de feux de cheminée !


De feux il en question à Barcelone où les condamnations des ex-dirigeants indépendantistes à de la prison ferme (peine allant de 9 à 13 ans) se sont traduites par des violents débordements. Les peines de prisons pour « sédition » ne sont pas sans rappeler des jugements d’un autre temps. Le plus frappant c’est le mutisme des capitales européennes mais également la très faible couverture médiatique de l’évènement. Il est évident qu’aucun dirigeant ne souhaite que ses propos, quels qu’ils soient, soulève la question de l’auto-détermination des très nombreuses régions européennes qui y sont sensibles. Finalement les discussions interminables sur le Brexit tombent à point nommé pour éluder le sujet.



Olivier Armangau




Les thèmes de la semaine



Marchés européens

Beaucoup de bruit cette semaine mais peu de concrétisation. Ce qui n’aura pas empêché les marchés de surfer sur la vague de l’espoir, l’espoir d’un accord sino-américain et l’espoir d’un accord sur le Brexit. Sans être impacté non plus par la révision à la baisse de la croissance mondiale du FMI à 3.0% pour 2019 contre 3.2% précédemment estimé.

L’Eurostoxx 50 s’apprécie de 3.96% sur la période et la volatilité tombe de 19.75%. L’optimisme sur le Brexit se traduit par une envolée du GBP de 4.3% contre euro (revenant sur les niveaux du printemps) avec pour effet collatéral une stagnation du marché action britannique. Les autres indices européens s’inscrivent tous en forte hausse.


source : IMF



Phase 1


Malgré l’escalade des tensions sur le front commercial sino-américain au début de la semaine dernière, vendredi 11 octobre les États-Unis et la Chine ont déclaré avoir conclu un accord commercial partiel. Donald Trump avait annoncé que les deux parties s'étaient mises d'accord sur une « première phase » d'un accord commercial mais les détails de celui-ci sont encore en cours d'élaboration, et devraient être rédigés d’ici trois à cinq semaines.


Cette fameuse première phase d’un accord ressemble néanmoins plus à une convergence d’intérêt pour un apaisement des tensions qu’un véritable accord. En effet, pour le moment aucun accord n’a été signé, la Chine veut tenir d'autres discussions – d’autres négociations en soi – ce mois-ci pour mettre au point les détails de celui-ci et des points de désaccords et de tensions persistent.


Ce que l’on sait à ce jour concernant cet « accord » est qu’il a permis de repousser une nouvelle fois la hausse des droits de douane qui auraient dû être mis en place le 15 octobre et qu’il devrait comporter des achats de produits agricole américains par la Chine. Donald Trump a par ailleurs déclaré que la Chine avait accepté d'acheter pour 40 à 50 milliards de dollars de produits agricoles américains en moins de deux ans et s’est vanté d’avoir conclu « le meilleur et le plus grand accord jamais conclu pour nos grands patriotes agriculteurs ». Les négociateurs chinois quant à eux ont déclaré que la Chine n'achètera que des produits agricoles américains en fonction de la demande et des prix du marché, bien que le ministère chinois des Affaires étrangères ait tout de même déclaré que l'annonce de Trump était « conforme » à la compréhension de l'accord par la Chine, mais que les détails restent à déterminer.


Bien que l’engagement des deux partis pour l’atteinte d’un accord soit une grande étape de franchie, l'aboutissement de cette « première phase » nécessite encore un important travail de négociation qui jusque-là n'a pas abouti à d’avancées substantielles.



Brexit deal ?


Alors que la situation semblait s’empêtrer la semaine dernière, il se pourrait qu’un accord voit miraculeusement le jour avant même le sommet Européen qui débute demain. La semaine avait commencé sur une note optimiste alors que Michel Barnier, négociateur en chef de l'U.E., avait déclaré « même si l'accord sera difficile, de plus en plus difficile, pour être franc, il est encore possible cette semaine ». Le président du Conseil européen s’est également montré optimiste ce mercredi après-midi en déclarant que les bases d’un accord étaient prêtes et pourraient se concrétiser dans les prochaines heures.


Les négociations semblent bien avancer, mais il parait toujours difficile d’envisager un accord conclu dès le sommet européen du 17 et 18 octobre. Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a déclaré qu'il avait parlé avec le Premier Ministre Johnson mercredi et qu'un délai - et un autre sommet de l'UE plus tard - ce mois-ci pourrait être nécessaire. De plus, un certain nombre de diplomates ont déclaré qu'il n'y avait tout simplement pas assez de temps, de sorte qu'une prolongation - même avec une ébauche d’accord en cours d'élaboration – apparait comme l’option la plus probable.


Malgré les avancées et l’optimisme qui peut semblait légitime, rien n’est encore joué. Non seulement Boris Johnson doit d'abord réussir à conclure cet accord avec l'Union européenne, mais il doit ensuite le faire approuver au parlement britannique. La politique intérieure britannique peut être impitoyable, comme l'a démontré Theresa May qui, après avoir passé un accord avec Bruxelles, s’est vu refuser son accord à trois reprises au parlement.


De plus, par rapport à Theresa May, Johnson serait confronté à un vote encore plus difficile à la Chambre des communes. Son parti conservateur n'étant plus majoritaire et le chef de l'opposition Jeremy Corbyn ayant averti que son parti travailliste n'appuiera aucun accord apporté par Boris Johnson, peu importe les détails – bien que certains rebelles travaillistes aient signalé qu'ils pourraient tout de même appuyer un accord.



Aymeric Graindorge




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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 16 octobre 2019 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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