L’assouplissement quantitatif




L’assouplissement quantitatif est mort? Vive l’assouplissement quantitatif !


La semaine écoulée, et d’une manière générale les 4 dernières semaines, ressemble

furieusement à l’une de ses semaines de 2017. L’optimisme est furieusement de retour

et les retournements de veste avec. En 2017 c’était la réforme fiscale, à toute les sauces

qui permettait chaque jour ou presque au marché de monter et à la volatilité de baisser.

Maintenant c’est la conviction que les banques centrales vont à nouveau voler au secours du marché. Ce qui surprend c’est que la croissance américaine ne semble pourtant pas avoir besoin d’un tel soutien. Le rythme de croissance (la publication de l’estimation de cette dernière pour le 4eme trimestre a été reportée pour cause de shutdown) sera moins soutenu en 2019 et 2020 d’après la FED et le consensus, mais on parle encore d’un rythme de croissance au-delà de 2%, dans une économie de plein emploi qui alimente un socle de consommation suffisant pour assurer une certaine résilience. Alors quand le Wall Street journal indique que la FED pourrait annoncer une pause aussi dans la réduction de son bilan, forcement le marché monte, mais cela peut légitiment soulever des interrogations quant à la vigueur de cette économie ou alors simplement indiquer que la FED est désormais l’instrument pour favoriser le marché (au grand bonheur du président Trump). La conférence de presse à l’issu de la réunion de la FED ce soir sera certainement riche d’enseignements. Bien entendu la mission de la FED (et des autres banques centrales), n’est pas d’être un soutien au marché, mais clairement dans les faits c’est la mission qu’elle remplit le mieux.


Cet interventionnisme désormais permanent et sur lequel le marché se repose, et ces

visions de cout terme (avant décembre Jerome Powell prônait la poursuite de la

normalisation, avec la baisse du marché de décembre, il indique qu’une pause dans la

hausse des taux est à considérer, pour enfin, comme évoqué plus haut, laisser filtrer dans la presse qu’un arrêt/ralentissement dans la normalisation du bilan pourrait/serait

envisagé) sont présentés, de manière plutôt pompeuse, comme de la ‘data depence’. En

terme moins équivoque ce n’est rien d’autre qu’un aveux d’impuissance, une navigation

à vue !


Et que dire de la BCE, ou Mario Draghi n’hésite plus à reparler (encore avant-hier devant

le parlement européen) d’un nouvel assouplissement quantitatif si les conditions

l’exigent. On sort à peine du précédent, avec des résultats sur la croissance européenne

en ligne avec l’inflation, (c’est-à-dire dramatiquement sans relief) que déjà on prépare le

marché à un nouveau soutien.


Plus largement, il va falloir s’habituer à ce genre d’interventionnisme de marché.


A qui profite le crime? Bien entendu au marché mais beaucoup plus largement aux États. Dettes abyssales (qui évidement ne seront jamais remboursées, un État, par définition ne meurt pas, mais roulées à perpétuité) réformes structurelles timides ou nulles (sauf au Portugal et en Espagne), incapacité structurelle de générer de la croissance (France, Italie particulièrement) clientélisme, démagogie, populisme, nationalisme, mais aussi démographie, vont compliquer très sérieusement les situations et les équilibres sociaux et économiques.


Parce que la seule motivation pour un politique est la satisfaction de son égo sur

dimensionnés, puis sa réélection, les inégalités sociales de plus en plus criantes en Europe vont inévitablement se traduire par des actions gouvernementales pour les réduire.


Les déficits publics vont inévitablement gonfler et, la croissance restera atone. Pour pouvoir financer ces déficits publics, il fallait jusqu’à maintenant avoir un blanc-seing du

marché (on l’a vu avec l’Italie) et dans le cas particulier de la France, faire des concessions au compagnie d’assurance. Pour être encore plus large dans la manoeuvre et offrir une vision globale (et donc pratique) pour les intervenants de marché, progressivement les banques centrales vont se mettre en face des états pour le financement de ces déficits budgétaire (d’une manière ou d’une autre) de ces déficits. Une relance budgétaire financée et sans impact budgétaire pour les États, c’est très affriolant.


Mais ce n’est pas tout ! Le second volet, sera celui des retraites, et indirectement une

façon de rendre l’argent aux épargnants/retraités qui subissent l’effondrement des

rendements obligataires, monétaires (particulièrement ‘vrai’ en Allemagne).


La retraite par répartitions (modèle plutôt européen) avec l’allongement de la durée de

vie, l’entrée de plus en plus tardive sur le marché de l’emploi des jeunes cotisants, et la

pyramide des âges (de moins en moins d’actif pour financer des retraités vivant de plus

en plus longtemps) va imploser sauf à augmenter encore les cotisations et/ou à réduire

les prestations. La solution moins couteuse mais a priori plus risqué serait de passer à la

capitalisation. Ce passage sera facilité par un soutien perçu (et assumé quand il faudra),

sans faille des banquiers centraux. Un marché qui ne baisse jamais ou presque et des

cotisations retraites obligatoirement investi sur le marché (puisqu’il sera ‘protégé’ par la

proactivité de la banque centrale) ne sont-ils pas aussi attirant qu’un dérapage budgétaire sans conséquence sur sa note de crédit?


Encore une fois l’aléa moral serait inouï. Inconcevable ?


Rappelons-nous des discussions sur l’hélicoptère monétaire en 2008, mais aussi en 2011 et 2013. Nous n’en sommes peut-être pas aussi loin qu’on l’imagine (https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9licopt%C3%A8re_mon%C3%A9taire)


Bonne semaine,

Olivier Armangau




Les thèmes de la semaine



Marchés européens

Poursuite de la hausse, pour les marchés européens. +0.93% pour l’Eurostoxx 50 et

+2.78% pour le CAC 40, propulsé par les résultats de LVMH et Atos.

***Screenshot***



Brexit

Petite victoire pour Theresa May hier soir. Pour la première fois depuis plusieurs mois, la première ministre a enfin rassemblé une majorité parlementaire. Les députés

britanniques ont voté en faveur d'une renégociation du « filet de sécurité » censé éviter

le retour d'une frontière physique entre le nord et le sud de l'Irlande après le Brexit.


Néanmoins, ce résultat ne permet de réelles avancées sur la situation. Theresa May a

pour mandat de renégocier l'accord, mais les 27 restent ferme sur leur position. Le

président français, Emmanuel Macron déclare que le présent accord est « le meilleur

possible » et qu'il « ne peut être renégocié ».


Face à cette incertitude et au risque grandissant d'un Brexit sans accord les entreprises

commencent à s'alarmer. Sony a annoncé mercredi dernier la délocalisation de son siège social européen du Royaume-Uni aux Pays-Bas afin d'éviter les complications douanières engendrées par le Brexit. Cette annonce suivait celle du groupe britannique Dyson de transférer son siège social vers Singapour. Bien que ce dernier ait assuré que cette décision n'avait rien à voir avec le Brexit, cette situation met « le feu aux poudres » et pousse le ministre du commerce Liam Fox à faire une déclaration, affirmant que le

Royaume-Uni est « ouvert aux affaires » et est une « destination attractive » pour les

investisseurs. Pour enfoncer le clou, le patron d'Airbus déclare qu'en cas de « Brexit sans

accord, [ils devront] prendre des décisions potentiellement très douloureuses pour le

Royaume-Uni ».



Shutdown

Vendredi dernier, Donald Trump a annoncé un arrêt sous condition du shutdown. Les

activités gouvernementales suspendues durant 35 jours ont donc repris leurs activités ce lundi, marquant de loin le plus long shutdown de l’histoire des États-Unis.


Toutefois, cette histoire est loin d’être terminée. La reprise des services est sous condition que les élus du Congrès trouvent un terrain d’entente sur le financement du mur d’ici le 15 février prochain. Dans le cas contraire, Donald Trump s’est dit prêt à recommencer le shutdown ou même déclarer l’état d’urgence.


Cette nouvelle n’a eu quasiment aucun impact sur les marchés.



Huawei

Deux jours avant l'arrivée de la délégation chinoise à Washington pour continuer les négociations commerciales, les États-Unis ont annoncés officiellement la mise en accusation de Huawei. Les charges retenues contre le groupe de téléphonie chinois sont

la violation de l'embargo américain contre l'Iran et le vol de technologies à T-Mobile.


À la suite de ces accusations la Chine a réagi en accusant les États-Unis de « anipulations politiques ». « Les États-Unis utilisent le pouvoir de l'État pour discréditer et attaquer

certaines entreprises chinoises, dans une tentative d'étrangler leurs opérations, qui sont

légitimes et légales » a déclaré un porte-parole du ministère chinois des affaires

étrangères.


Ce procès est au coeur de la guerre commerciale sino-américaine et démontre un problème bien plus grand que la simple balance commerciale entre les deux pays. problème qui ne se règlera pas avec une poignée de main en fin de semaine. Au-delà du symbole, c’est toute une lutte d’influence technologique qui se dessine.


Même si les marchés se réjouissaient de l'amélioration des relations la semaine dernière, l'annonce de cette nouvelle ne les a cependant pas affectés en cette période de résultats.



Des allures de guerre froide

Depuis l'arrivée du nouveau président Maduro en 2013, le Venezuela a fait des choix politiques et sociétaux qui ont conduit le pays, particulièrement depuis début 2018, à un effondrement économique et social provoqué par de l’hyperinflation, des pénuries d'aliments et de médicaments, ainsi que par des pillages et des violences. Les Nations

Unies (ONU) estiment que 5 000 Vénézuéliens quittent le pays chaque jour.


Début 2019, la crise a pris une tournure internationale lorsque le président Maduro

inaugure son second mandat de six ans, alors même que plusieurs pays ne reconnaissent pas les résultats de l'élection. Face à cela, Juan Guaido, un législateur de l'opposition pratiquement inconnu, qualifie Maduro d'"usurpateur". M. Guaido prête serment mercredi dernier en tant que président par intérim lors du plus grand rassemblement de l'opposition depuis 2017. Il est presque instantanément reconnu comme le président légitime du pays par les États-Unis et de nombreux voisins du Venezuela. Cependant, d'autres grandes nations telles que la Chine ou la Russie s'opposent à ce dernier et soutiennent toujours Maduro.

https://www.bloomberg.com/news/articles/2019-01-30/venezuela-crisis-splits-the-world-s-allegiances-map


Même si la carte donne des aires de guerre froide, les intérêts derrière cette crise sont

davantage économiques qu'idéologiques. La Chine et la Russie ont effectués de nombreux investissements dans le pays, notamment pour l'exploitation de ressources naturelles, tandis que les États-Unis l’avantage est surtout stratégique.


Encore un risque supplémentaire qui pèse sur les relations internationales dans un climat déjà relativement tendu.




Aymeric Graindorge




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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 30 janvier 2019 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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