L’altération du discernement



L’altération du discernement


Comme les semaines précédentes, l’inintéressante farce des marchés se poursuit : Record journalier de contamination à la covid19 (68 000 cas hier au Brésil, 60 000 aux Etats-Unis), reconfinement, tensions sino-américaine (cette semaine des accusions d’espionnage sur sol américain ont amené Washington a fermé le consulat chinois à Houston) et bien sur l’inévitable sujet des plans de relance et/ou des interventions (plan européen de 750 milliards validé par les 27 et les discussions aux Etats-Unis pour un nouveau plan). N’oublions pas bien sûr, les sempiternelles ‘avancées positives’ sur des phases I, ou II voire III pour le fameux vaccin. La conclusion est toujours la même, la hausse du marché.

Ne boudons cependant pas notre plaisir. Pour une fois l’Europe se distingue positivement sur un sujet complexe. Celui de l’union monétaire (n’allons pas trop vite non plus).

Depuis fin mai et son annonce, le marché ‘price’ le plan de relance européen de 750 milliards d’euro. Désormais il est accepté par les 27 au prix de quelques concessions envers les ‘frugaux’ (part des subventions plus faible que prévu, 390 contre 500 milliards, et une hausse des rabais sur leur contributions au budget européen).

Ce premier pas important vers une Europe fédérale et donc solidaire (il faut rester optimistes), rend la zone euro beaucoup plus attractive pour les investisseurs étrangers. C’est aussi une sorte de fin symbolique du dogmatisme allemand avec la mise en place d’une solidarité budgétaire. Aux antipodes de la position des pays du nord lors de la crise de la dette européenne en 2011.

Concrètement cela permettra donc une sorte d’harmonisation des taux d’emprunt des États membres indépendamment de leur notation via l’emprunt de la commission européenne.

La BCE sous Draghi, particulièrement à l’époque de la crise grecque, a tout fait pour une telle harmonisation, principalement sur les taux d’entreprises, pour que par exemple une entreprise italienne emprunte au même taux qu’une entreprise allemande.

Ainsi l’Italie pourra avoir accès à de la dette émise par la commission européenne (triple A) via un prêt que cette dernière lui consentira. L’Italie, pour l’exemple toujours, pourra aussi percevoir des subventions (sans avoir à les rembourser donc). C’est assurément une excellente nouvelle pour la relance des économies laminées par la Covid. L’Italie sera d’ailleurs l’un des principaux bénéficiaires de ce plan.

Bien entendu les états membres rembourseront l’emprunt commun au prorata de leur contribution au PIB européen.

70% du montant devront être versés rapidement (d’ici 2022, ce qui permettra ainsi au marché de trouver une histoire à raconter pour justifier la hausse de l’indice européen quand les fonds seront effectivement disponibles) mais surtout le remboursement débutera en 2028, étalé sur 30 ans. La monétisation des dettes par la BCE fera encore le travail.

Le thème du découplage / rattrapage du marché européen contre le marché américain revient donc en force. L’euro atteint un plus haut depuis septembre 2018 face au dollar, traduisant ainsi cet optimisme.

L’or continuait aussi de se renforcer, sur la hausse de l’euro mais également sur la baisse des rendements obligataires.

Également avec la disparition du risque pour les intervenants, l’or semble confirmer non pas un statut de valeur refuge mais plutôt un outil de protection qui n’a pas de valeur temps, et donc plus efficace qu’une couverture optionnelle.

En 2000 il y avait les sociétés ‘brik and mortar’ contre les sociétés ‘.com’.

Il suffisait alors pour une entreprise ‘brik and mortar’ de faire une annonce sur le lancement d’une activité, même (et surtout) sans aucune pertinence pour que le titre s’envole, et il suffisait d’introduire en bourse une activité en ligne (peu importe laquelle) pour s’assurer d’une sursouscription à l’introduction et d’une envolée des cours lors des premières transactions.

Aujourd’hui il faut être une société ‘stay at home’ pour bénéficier d’un double statut profitable : Celui de valeur refuge ET celui de valeur de croissance.

Et donc plus les cas de covid19 s’apprécient et plus le marché monte (vu le poids relatif de certaines de ces actions dites ‘stay at home’ dans les indices).

Et quand l’espoir renaît sur la fin de la pandémie grâce à des résultats ‘convaincants’ du vaccin covid-19 sur quelques dizaines de patients ou que l’on s’émoustille sur des nouveaux plans de relance ce sont les autres valeurs de la cote qui alimentent le rallye.

En somme, peu importe que les nouvelles sanitaires soient bonnes ou mauvaises, que les données économiques soient dramatiques ou moins mauvaises, le marché continue de trouver suffisamment d’arguments pour alimenter cette hausse inouïe.

Pourquoi en serait-il autrement dans un monde financier convaincu que le risque n’existera plus.

Depuis la nationalisation du marché par les banques centrales, le choix des actions est devenu un choix par défaut.

Depuis la covid, le choix des valeurs technologiques est devenu le choix par défaut, au sein des actions. Dans un tel contexte évidement les valorisations sont toutes relatives. Mais encore une fois, pourquoi s’en soucier?

Parce que la vie économique ne se résume pas à l’évolution du cours de bourse des 500 plus importantes sociétés américaines ou des 50 plus importantes capitalisations européennes, les états continuent de lutter activement contre le drame économique consécutif à la pandémie.

Les plans de relance et autres actions des banques centrales, accentuent la dichotomie de perception entre un marché action hystérique (et qui profite donc de toutes annonces) et une économie qui confronte les populations à des situations délicates.



- Olivier Armangau


Les thèmes de la semaine



Marchés européens


Les marchés européens ont continué sur la progression de la semaine dernière, poussés par l'accord de l'UE et les progrès réalisés dans le domaine des vaccins. Toutefois, l'escalade de la tension entre les États-Unis et la Chine et les doutes croissants quant à la possibilité d'un accord rapide sur un nouveau plan de relance américain ont frappé le sentiment des investisseurs ce mercredi.

Ainsi, l’Eurostoxx 50 fini la période proche de l’équilibre, à -0.22%. Tandis que le Vstoxx baisse de -12.19% pour terminer à 24.12.




Les tensions sino-américaines s’accroissent davantage


Alors que Mike Pompéo déclarait mercredi dernier que les États-Unis allaient imposer des restrictions en matière de visas aux entreprises technologiques chinoises, Donlad Trump a dit également réfléchir à interdire l’accès au sol américain à tous les membres du Parti communiste chinois, leurs familles, ainsi qu’aux employés de Huawei.

Ensuite, hier, les États-Unis ont accusé deux pirates informatiques chinois (Li Xiaoyu et Dong Jiazhi) d’avoir - pendant plus de 10 ans - mené une campagne de piratage contre des entreprises occidentales (tel qu’aux États-Unis, Royaume-Uni, Espagne, Belgique, Australie). Ces accusations incluent notamment des vols récents de données liées à la recherche contre le Covid-19, pour le compte des agences de renseignement chinoises. Le gouvernement chinois a toutefois fermement démenti ces accusations, se disant être un fervent défenseur de la cybersécurité, et appelant les États-Unis à immédiatement cesser leurs calomnies et leur diffamation à l'encontre du pays.

Enfin, les tensions entre les deux plus grandes économies mondiales se sont encore aggravées ce mercredi lorsque les États-Unis ont ordonné la fermeture du consulat de Chine à Houston. Le Département d'État a déclaré avoir ordonné cette fermeture « pour protéger la propriété intellectuelle américaine et les informations privées des Américains ». Cette décision, considérée comme l'un des plus grands coups portés aux liens diplomatiques entre les États depuis des décennies, a été décrite par le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères comme une « escalade sans précédent ». La Chine a déclaré qu'elle prévoyait de réagir par des « contre-mesures fermes ».

Par ailleurs, les tensions sur le commerce continuent. Lundi, le ministère américain du commerce a ajouté à la liste noire économique 11 entreprises chinoises qui seraient impliquées des violations des droits de l'homme par la Chine auprès de la communauté Ouïghours dans le Xinjiang. La liste comprend notamment des fournisseurs d’Apple ou encore Ralph Lauren et Tommy Hilfiger. Ainsi, ces tensions soulèvent à nouveau les risques concernant l’approvisionnement mondial.

Cyberattaques, le nouveau sujet phare


Dans la saga des cyberattaques, la Chine ne semble pas être le seul protagoniste. Les agences de renseignement britanniques et américaines accusent également la Russie d’avoir piraté des universités travaillant sur la recherche d’un vaccin contre le coronavirus.

Des établissements universitaires aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada travaillant sur la recherche de vaccins contre le coronavirus, auraient ainsi été la cible de cyber espionnage. D’après les agences de renseignement britanniques, il s’agirait du groupe APT29, qui, selon la NSA, travaille probablement pour la Russie. Dimitry Peskov, le secrétaire de presse de Vladimir Poutine a déclaré que « la Russie n’a rien à voir avec ces tentatives », tout en précisant qu’il démentait de telles accusations.

Enfin un accord sur le plan de relance européen


Depuis l'annonce du plan de relance en mai et après quatre jours de négociations, les dirigeants européens sont finalement tombés d’accord sur le plan de relance. Les négociations qui avaient débuté vendredi étaient mal partie, avec notamment la chancelière allemande Angela Merkel qui déclarait qu'elle s'attendait à des « négociations très, très difficiles ». Toutefois, ils ont bien abouti à un plan de relance de 750 milliards d’euros de dette conjointe.

L'accord, qui a nécessité l'approbation unanime des 27 États membres de l'Union européenne, prévoit que 390 milliards d'euros seront versés sous forme de dons (contre 500 milliards souhaités par le couple franco-allemand), le solde étant versé sous forme de prêts à faible taux d'intérêt. Toutes les dépenses prévues dans le cadre de ce paquet doivent être conformes aux objectifs de l'accord de Paris en matière de gaz à effet de serre. Par ailleurs, l’Italie devrait à priori être le plus gros bénéficiaire de ce plan de relance européen.

Du côté de la politique monétaire, pas plus d’action en Europe. Lors de la conférence de presse de jeudi dernier, Christine Lagarde a annoncé le maintien de sa politique accommodante, mais n’a déclaré la mise en place d’aucune mesure supplémentaire.

Sur la voie d’un nouveau plan de relance aux États-Unis


Aux États-Unis, Steve Mnuchin et Nancy Pelosi sont également en négociations dans le but de définir un nouveau plan de relance. La pression augmente à Washington pour qu'un nouveau plan de relance de l'économie soit adopté alors les mesures précédentes sont sur le point d’arriver à échéance dans les semaines à venir.

L'administration Trump a d’ailleurs déclaré qu'elle souhaitait qu'un autre plan soit adopté avant que les législateurs ne prennent leurs vacances d'été en août. Toutefois, certains point de friction perdurent et retardent un accord. Notamment, l'administration Trump ne souhaite pas que ce plan dépasse les 1,000 milliards de dollars, ce qui est bien loin de la proposition de 3,000 milliards de dollars des démocrates.

Une complication supplémentaire s'est ajoutée au processus mardi, lorsque la Maison Blanche a signalé que le président Donald Trump pourrait rejeter un nouveau projet de loi sur l'aide si celui-ci n'inclut pas une réduction des charges sociales. La mise en place de mesures fiscales supplémentaires est perçue comme une nécessité pour le président afin de faire repartir la consommation, alors que les habitudes de consommations des américains ne reprennent pas malgré les mesures de confinements sont levées – contrairement aux attentes de Trump. Toutefois, les législateurs démocrates refusent de se rallier à cette demande, s'efforçant de convaincre la Maison Blanche qu'il fallait plus d'argent pour les tests et les Centres de contrôle et de prévention des maladies.

La Chine renoue avec la croissance


Jeudi dernier, le Chine a publié l’évolution de son PIB au second trimestre, à +3.2% en glissement annuel – battant le consensus qui estimait une croissance de 2.4% – et +11.5% en glissement trimestriel. Au mois de juin, la production industrielle continue de croître, à +4.8% d’une année sur l’autre et le taux de chômage reste dans sa tendance baissière, à 5.7%.


- Aymeric Graindorge



IMPORTANT DISCLAIMER

Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 23 juillet 2020 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

© 2019 par La Financière Constance Inc.

Logo35.PNG