Horizon d’investissement ?




Horizon d’investissement ? 8 minutes !


La forte baisse des marchés en décembre s’est traduite par une révision en forte baisse

des estimations des profits des entreprises. Il ne faut donc pas exclure que malgré une

baisse probable de ceux-ci (l’impact de la hausse des salaires sur la profitabilité, ce dans

un contexte de ralentissement des ventes lié à un ralentissement global, et la moindre

productivité devrait avoir un effet sur les résultats, sans parler de la dégradation des PMI) ils seront encore largement supérieurs aux anticipations déprimées de décembre.


A ce petit jeu des révisons à la baisse, avant les publications définitives, les entreprises

elle-même ne sont pas les dernières à minorer leurs prévisions. Permettant ainsi de

délivrer des résultats « meilleurs qu’attendu’ une fois les chiffres définitifs annoncés. On

annonce le pire, et le moins bien devient un soulagement et une occasion de rebond.


Le marché étant ce qu’il est si les résultats sont donc ‘supérieurs aux attentes’ il ne faut

pas exclure une nouvelle phase de hausse. D’autant plus que les membres de la FED, l’un après l’autre, distillent désormais le nouveau message de flexibilité de l’institution (pas un jour ou presque sans que l’un des membres suggère que c’est le bon moment pour faire une pause dans le cycle de hausse des taux) écartant ainsi un risque majeur pour le marché, celui d’une erreur de politique monétaire.


Les intervenants anticipent désormais une, voire aucune hausse des taux pour 2019,

quand il y a quelques semaines encore s’étaient entre 2 et 3.


La BCE également commence à passer des messages de soutien tant les statistiques

européennes sont déplorables. Ainsi hier soir, Mario Draghi lors de son intervention de

devant le parlement européen a mentionné qu’un ‘degré élevé de soutien monétaire

demeure nécessaire pour soutenir le renforcement des pressions sur les prix intérieurs et l’évolution de l’inflation globale à moyen terme’. Il a également estimé que le

ralentissement européen, sans virer à la récession, pourrait durer plus longtemps

qu’anticipé.


Il est intéressant de noter que cela fait désormais 2 fois que les propos du président de la Banque Centrale, sont beaucoup moins ‘langue de bois’ lorsqu’ils sont tenus en dehors de la conférence de presse à l’issu des comités de politique monétaire de l’institution.


De tel propos en fin d’année auraient eu un impact très négatif sur le marché. Mais le

sentiment actuel étant similaire à celui qui prévalait en 2017 (les mauvaises nouvelles se

transforment en motivations d’achat en raison de la capacité d’anticipation du marché

sur les mesures d’accompagnement inéluctable, et les bonnes nouvelles sont projetées sur l’avenir de manière perpétuelles) l’impact sur le marché est nul. Assurément la

réunion de la BCE le 24 janvier va être intéressante !


Les attentes concernant l’échéance et le renouvellement du TLTRO seront grandes. Si la

BCE ‘délivre’ alors le marché sera porté par les bancaires (actions comme obligations).


A à la différence de la FED (déjà bien engagé dans son processus de normalisation

monétaire), la BCE elle devra utiliser des outils ‘non conventionnels’ puisqu’elle n’a pas

eu le temps de relever ses taux.


D’ailleurs se simple constat renvoi aussi des interrogations sur la pertinence d’une telle

politique monétaire sur la croissance de la zone euro ! Non seulement il n’y a toujours pas d’inflation en zone euro, mais en plus sa croissance est atone.


L’aléas moral étant devenu la norme depuis le début des assouplissement quantitatifs (et la façon dont la FED s’est précipité au chevet du marché est une nouvelle illustration)

viendra certainement le temps où l’effacement de dette pur et simple interviendra.


Les allemands, qui font fasse à un ralentissement sans précédent (d’autant plus gênant

que ce n’est désormais plus le seul secteur automobile qui en est responsable) seront de moins en moins les chantres de l’orthodoxie budgétaire. Et quand la réalité économique, et politique aura eu raison des meilleures intentions, c’est l’Europe tout entière (ou ce qu’il en reste) qui y trouvera son compte.


Pour permettre des plans de relance budgétaire sans incidence sur le déficit des États

européens, La BCE fera au préalable l’acquisition de la totalité des obligations d’État de

certaines souches (avec ou sans décote) puis les États procèderont à des défauts techniques en accord avec l’ISDA (pour éviter toute problématique lié aux CDS. Un peu

d’ailleurs comme cela s’est passé sur certaines souches grecques) et bien sûr la BCE.


Les États pourront alors émettre de nouvelles dettes et mener les plans de relances

budgétaires. La BCE prendra ses pertes, virtuellement (puisque son bilan ‘s’imprime’) et

perdra toute son indépendance. Bien sûr des modifications juridiques devront être

entreprises, et certains crieront à la fin libéralisme (a-t-il seulement jamais existé?) mais

qui s’en souciera si le cycle de croissance redémarre et que l’emploi s’améliore?


Ce n’est pas si utopique que ça. On se rappellera qu’avant que les taux ne deviennent

négatifs en Suisse et en Europe, c’était soit considéré comme une aberration soit comme totalement fantaisiste. Et dans tous les cas de figure cela ne devait durer que quelques mois…


En somme, la situation actuelle de léger ralentissement, d’inquiétude sur la croissance

chinoise, d’incertitudes sur les négociations tarifaire, de désastre politique européen

(l’Afd a publiquement évoqué un ‘Dexit’ !) se transforme en une période faste pour les marchés. Le ‘buy the dips’ revient en force depuis 4 séances. Alors que le consensus

mettait en avant la prudence préférant les ‘ventes sur rebond’.


L’autre conclusion qui s’impose à la lumière des développements de ce début d’année,

est la vision de marché de plus en plus court terme.


Bonne semaine,

Olivier Armangau




Les thèmes de la semaine



Marchés européens

Les marchés connaissent une semaine relativement sans tendances, l'Eurostoxx varie peu et termine la période avec une croissance de 23 points de base.

Même si aucune nouvelle positive n'a été relevée cette semaine, aucune des nouvelles

négatives (ralentissement de la croissance chinoise, blocage des négociations pour finir

les shutdown, défaite du Brexit de Theresa May, …) n'a réellement impacté le marché. Si

bien qu'il semble avoir déjà complètement intégré les risques en question ou bien être

dans le déni dans le sillage du rebond après une fin d'année 2018 difficile.


Le Vstoxx quant à lui baisse de plus de 17% sur la semaine atteignant ses niveaux de début octobre alors même que les incertitudes restent toujours aussi nombreuses.



‘Shutdown’ américain

Le gouvernement américain atteint aujourd'hui son 26ème jour d'arrêt d'activité,

dépassant de loin l'ancien record fixé à 19 jours. La situation ne semble cependant pas

être près de se débloquer. Un sénateur républicain a proposé à Donald Trump lundi de

rouvrir temporairement le gouvernement tout en continuant de chercher un accord.

Proposition cependant rejetée par le président, disant vouloir résoudre la situation et non pas la reporter. Aucune proposition ou signes de potentielles concessions de la part de ce dernier n'a été faites par la suite.


Alors que les jours passent, la possibilité d'un accord s'affaibli car les deux partis restent

fermes sur leur décision. En effet, à ce stade, se plier aux volontés de l'autre parti se ferait au risque de perdre toute crédibilité. Si bien qu'on semble se rapprocher davantage chaque jour de la déclaration d'État d'urgence de la part de Trump, pour faire passer sa volonté, que d'un accord.



Brexit

Hier soir, le parlement britannique a rejeté massivement le Brexit de Theresa May tel que largement anticipé.


Face à cette défaite écrasante de 432 voix contre (pour un accord qui avait pris deux ans

à être finalisé), la première ministre May a perdu toute sa crédibilité. Le parti d'opposition a alors mis en place un vote de non confiance contre cette dernière qui se dispute actuellement. La cheffe du gouvernement anglais ne devrait cependant pas être

destituée, encore supporté par son parti et ses alliés, comme semble indiquer les

estimations. Nous sommes en plein dans le jeu favori des politiciens : La gesticulation


Comme un retour à zéro mais à deux mois et demi de la date de départ officiel du

Royaume Uni, l'incertitude quant à l'issue de ce Brexit interminable a donc été prolongée. Si Bruxelles ne cède pas aux complications britanniques les issues restent les suivantes : no deal (ou hard) Brexit, un second référendum ou le Brexit de Theresa May. Des scénarios qui aujourd'hui semblent aussi peu probables les uns que les autres.

https://www.bloomberg.com/news/articles/2019-01-13/may-travels-to-brexit-heartland-in-last-ditch-bid-to-rescue-deal


Enfin, même si la date officielle du départ du Royaume-Uni reste le 29 mars, il est très

probable que celle-ci soit reporté à fin mai, voir fin juin « au plus tard ».



Ralentissement de la locomotive européenne

L'économie allemande a connu une croissance de 1.5 % en 2018, soit le taux le plus faible en cinq ans et nettement plus lent que l'année précédente tel qu'ont montré les données préliminaires hier. Cet essoufflement de la croissance est notamment causé par le ralentissement de l'économie mondiale déclenchée par la politique protectionniste des États-Unis.


L'Allemagne profite néanmoins du conflit sino-américain, les exportations vers la Chine

ont augmenté de près de 10 % en glissement annuel de janvier à novembre, tandis que

les exportations vers la Grande-Bretagne ont chuté de 3,6 % au cours de la même période, selon l'office fédéral de la statistique.


Les tensions commerciales et le risque d'une récession aux États-Unis restent les

principaux risques pour l'économie allemande.



Ralentissement chinois

La semaine dernière la Chine annonçait sa première baisse de ventes d'automobiles sur

une base annuelle en plus de 20 ans. Cette chute est alimentée par la hausse des tensions commerciales et politiques ralentissant l'économie chinoise. Mais elle reflèterait aussi une industrie de l'automobile mondiale qui est probablement déjà en récession, selon RBC.


Cette semaine ce sont les chiffres de la balance commerciale qui ont été annoncés. Les

exportations chinoises ont diminué de 4.4% et les importations de 7.1% en décembre par rapport à l'année dernière, soit bien en dessous des estimations de +3% et +5%

respectivement.


La Chine rapporte un surplus commercial avec les États-Unis le plus élevé en 2018 depuis 2006 qui s'explique principalement par la menace de l'augmentation des droits de douane. De plus, la forte baisse des importations démontre également le ralentissement de la croissance chinoise, à cause de plus faible investissement et de la baisse de la consommation.


Enfin, la Banque Centrale de Chine a injecté un montant record de 83 milliards de dollars dans son économie cherchant à éviter un resserrement des liquidités. Cette mesure démontre bien que les autorités chinoises vont tout faire pour prévenir le ralentissement de l'économie, voir tenter de la relancer en 2019.


La Chine fait face à un ralentissement économique certain, rendant les négociations

commerciales avec les américains capitales.



Affaire Huawei

Comme nous le mentionnions la semaine dernière, c'est bel et bien le Canada qui fait les frais de l'arrestation de Meng Wanzhou sur une requête d'extradition de la part de

Washington. En effet, lundi dernier un Canadien arrêté en Chine a été condamné à la

peine de mort après que les procureurs eurent déclaré qu'une peine initiale de 15 ans

prononcée en novembre était trop clémente. Les arrestations, et maintenant

condamnation, continuent de faire pression sur le gouvernement canadien pour la

libération de la CFO de Huawei, actuellement en train de se préparer pour se battre contre l'extradition aux États-Unis.


De plus, les relations, déjà glaciales, entre les deux pays continuent de s'empirer. Le

premier ministre canadien a blâmé hier le gouvernement chinois d'agir « arbitrairement » concernant la décision de condamnation, propos que la Chine a jugé d'« irresponsables ».




Aymeric Graindorge




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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 16 janvier 2019 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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