Dissipation des préoccupations



Dissipation des préoccupations

Dans son habitude de fixer des échéances et d’y accorder une importance capitale, cruciale, presque vitale, les opérateurs de marché avaient donc considéré les échéances du 11 (FED), du 12 (élections anglaise et BCE), et enfin (surtout) du 15 (mise en application des droits de douanes) comme représentants la semaine de tous les dangers. Échéances après lesquelles, comme à chaque fois, tout serait différent…


Finalement entre non évènement (FED et BCE), réalisations largement anticipées par le consensus (élections et trêve), et bonnes nouvelles (indicateur d’activité du mois de novembre en Chine de bonne facture, PMI composite de la zone euro qui ne montre pas la redoutée transmission du manufacturier au service) ce fut la semaine de toutes les réjouissances pour le marché, avec la disparation des fameuses incertitudes. Les volatilités implicites se sont logiquement effondrées (Vstoxx -21% et Vix -18%), les indices ont continué leur progression tranquille, et les taux n’ont pas bougés.


Chassez le naturel il revient au galop ! Ainsi donc, après l’euphorie et l’amnésie consécutive à l’écrasante victoire de Boris Johnson, le marché a été pris d’un accès de faiblesse hier.


Il s’est à nouveau stressé sur…le Brexit. Il a vu dans la détermination du Premier ministre (il souhaite interdire par la loi toute prolongation de la période de transition) à négocier un traité avec l’Europe la possibilité d’un nouveau hard brexit, tant le délai d’un an pour y arriver est jugé trop court. La pression, voire l’ultimatum qu’impose de facto le britannique à l’UE fait à nouveau craindre une sortie sans accord commercial avec le

principal partenaire économique.


Que l’on se rassure néanmoins. L’UE fera une nouvelle démonstration de sa totale impuissance à imposer son point de vue, et l’Angleterre aura un accès au marché commun sans les contraintes réglementaires et financières de l’appartenance à l’UE. Le bras de fer tragi-comique que nous avons subi durant les derniers mois et qui s’est à chaque fois soldé par une concession européenne, nous occupera certainement tout au long de l’année qui vient, et connaitra une issue similaire. La capitulation inexorable européenne.


Sur l’autre sujet anxiogène de l’année, le marché s’est réjoui de l’annonce d’un accord de phase 1 (ne nous leurrons pas, il n’y aura vraisemblablement pas d’accord de phase 2 ou 3 avant les élections tant les enjeux entre les deux pays dépassent très largement la question économique) car il devrait permettre d’atténuer les risques qui pèsent sur la croissance américaine (rappelons que ce thème fut le thème fétiche de la FED pour justifier de son attitude accommodante…). Cet accord et l’accalmie sur le front du commerce mondial qu’il présuppose, est tout à fait compatible avec une amélioration de la croissance mondiale et des attentes bénéficiaires, mais aussi d’une appréciation des anticipations d’inflations.


Pourtant pénalisée par un sentiment négatif sur les relations sino-américaine, la croissance américaine est restée robuste, les créations d’emploi ont continué d’être vigoureuses, l’inflation s’est maintenue (2.1% en novembre), les résultats des entreprises n’ont connu qu’une baisse modeste (croissance des bénéfices par action en baisse de 1.6% en glissement annuel et déjà le point d’inflexion semble avoir été atteint).


Si les bonnes nouvelles économiques se confirment, que la situation commerciale avec la Chine se normalise (et qu’elle ne s’envenime pas avec l’Europe, ce qui est loin d’être acquis), que les mesures de relances chinoises se matérialisent sur leur taux de croissance, le statu quo sur les taux avancé par la FED mercredi dernier, sera certainement remis en question par le marché. Les prochaines interventions de la FED seront assurément beaucoup plus délicates.


Finalement les certitudes éphémères et les doutes durables continueront de produire des effets qu’il serait bien présomptueux d’anticiper.


Pourtant, comme chaque année, les stratèges de marché nous gratifient de leur prédiction pour l’année prochaine (prédictions qui sont ajustées tout au long de l’année afin de ‘coller’ au marché).


Si l’exercice relève davantage de l’incantation chamanique, il est malgré tout intéressant dans la mesure ou il donne une lecture facile et rapide du sentiment de marché.


Ce qu’il en ressort, c’est évidemment une hausse de marché (c’est quand même plus vendeur). Mais une hausse modérée de 5 à 6% selon les zones. Une surperformance des marchés émergents et américains et une sous performance de l’Europe et du Japon.


Bonnes Fêtes de fin d’année.


Retour du point, le 8 janvier.


Olivier Armangau




Les thèmes de la semaine


Marchés européens

Cette semaine deux dossiers de longue date, certes encore loin d’être résolus, connaissent des avancés importantes et contribuent à la hausse des marchés : La victoire de Boris Johnson menant vers l’aboutissement du Brexit et l’atteinte d’un accord de phase 1 entre Washington et Pékin.


L’Eurostoxx 50 gagne 1.76% tandis que la volatilité perd plus de 22% sur la période.


Un accord sorti du chapeau


Les États-Unis et la Chine sont parvenus à un « accord de phase 1 » vendredi dernier, évitant de justesse la mise en place de nouveaux droits de douane, prévus le samedi 15 décembre.


Cet accord consiste à réduire les droits de douane existants sur 360 milliards de dollars d'importations chinoises en échange d'une augmentation d’achats chinois de produits agricoles, manufacturés et énergétiques américains sur environ 200 milliards de dollars au cours des deux prochaines années.


La Chine s'est également engagée à mieux protéger la propriété intellectuelle américaine, à freiner les transferts forcés de technologie américaine vers des entreprises chinoises, à ouvrir son marché des services financiers aux entreprises américaines et à éviter la manipulation de sa monnaie.


Après des mois de négociations ardues et de faux espoirs, l'accord aide à stabiliser une relation en chute libre. Un répit important pour Xi Jinping alors que son économie croît au rythme le plus lent depuis près de trente ans et que les protestations à Hong Kong font rage sans fin en vue. Et cela bénéficie également à Donald Trump qui voit son taux d’approbation monter à 43.3%, au plus haut depuis le début de son mandat.

Toutefois, ce répit ne sera que de courte durée puisque l’accord ne résout que les désaccords en surface et les tensions devraient resurgir dès lors que les négociations pour la « phase 2 » deviendront sérieuses.



Rapide soulagement sur la Brexit


Lors des élections générales du Royaume-Uni de la semaine dernière, le parti conservateur de Boris Johnson a remporté une majorité écrasante, lui permettant enfin d'adopter son accord de Brexit. Ainsi, à moins d'un événement très inattendu, le Royaume-Uni quittera officiellement l'Union européenne le 31 janvier 2020.


Attention toutefois à ne pas crier victoire trop vite, l’accord en soi n’est pas une finalité. Faut-il encore que l’UE et le Royaume-Uni réussissent à conclure et ratifier l’accord, ce qui pourrait soulever de nouvelles difficultés et s’étaler sur la durée. L’accord de divorce prévoit justement une période de transition jusqu’à fin 2020, prolongeable une fois d’un an ou deux.


Or, tel qu’annoncé dans ses promesses électorales, Boris Johnson compte interdire toute extension de la période de transition au-delà de 2020. Délai qui paraît irréaliste selon Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit pour l’UE.


Ainsi, après un léger soulagement sur l’aboutissement d’un accord sur le Brexit, les craintes d’un no-deal resurgissent faisant chuter la livre qui s’était fortement apprécié à l’issu du vote.


L’Europe fébrile


La Banque de France révise ses prévisions de croissance à 1.1% en 2020 contre 1.3% précédemment estimé. Et la croissance espagnole devrait baisser graduellement pour atteindre 1.5% en 2022 – soit au plus bas depuis 2014 – selon la Banque d’Espagne.


De plus, après des PMIs manufacturiers européens relativement bons en novembre, les indicateurs flashs pour décembre sont ressortis sous les attentes et toujours nettement en zone de contraction pour l’Allemagne et le Royaume-Uni.



Aymeric Graindorge




IMPORTANT DISCLAIMER

Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 18 décembre 2019 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

© 2019 par La Financière Constance Inc.

Logo35.PNG