Billet italien




Billet italien


La semaine passée, davantage sur le ton du défi que de la prophétie, nous argumentions sur la pérennité du gouvernement italien. On peut dire que cela est allé largement audelà des attentes ! Quelques heures après sa nomination, et face au refus du président italien d’accepter l’europhobe convaincu, Paolo Savona, au poste de ministre des finances, Giuseppe Conte a démissionné. Pour tenter de calmer les marchés (ils sont une force de rappel sur les taux particulièrement efficace), le président italien a alors désigné Carlo Cottarelli. Ancien cadre du FMI et surnommé Monsieur Ciseaux quand il a collaboré au gouvernement de centre gauche d’Enrico Letta, ce choix, pourtant un geste très fort à destination du marché, n’a eu aucun effet, bien au contraire. Il a renforcé l’incertitude et provoqué l’ire des leaders du M5S et de la Ligue. L’électorat italien se sent trahi par la décision du président italien (selon un sondage réalisé par Demopolis, 30% des italiens sont en ‘colère’, 11% se disent ‘déçus’ et 54% ‘inquiètes’), et bien entendu les 2 leaders des partis antisystèmes s’en donnent à coeur joie, multipliant les petites phrases polémiques et les références historiques douteuses (un peu à l’image d’Aléxis Tsipras lors de la crise grecque). Si le président italien s’est inscrit en tant que garant d’une certaine moralité politique, il sait aussi que Carlo Cottarelli a peu de chance (en l’état) de se voir accorder la confiance du parlement. Parce que rien n’est pire que la tenue d’élections motivées par le ressentiment, le président Mattarella a donc demandé à Monsieur Cottarelli de suspendre son travail afin que le M5S et la Ligue propose un nouveau gouvernement d’unité. L’inquiétude dont s’est emparé le marché (avec un effet de contagion sur les taux espagnols, portugais et français notamment) pourrait perdurer si le président italien refuse une nouvelle fois la proposition gouvernementale. En toute logique on peut se demander comment, il pourrait donner son accord à un pacte gouvernemental aux antipodes des idées européennes qu’il défend ! Également, difficile d’envisager que le plan B du M5S et de la Ligue soit radicalement différent du premier (sauf à trahir leur électorat)! N’oublions pas que La ligue est le seul parti dont les intentions de vote sont supérieures aux résultats du 4 mars, avec 27%. Il est donc tout à fait envisageable que Monsieur Salvini (le leader de la Ligue) fasse délibérément une proposition inacceptable pour que des élections se tiennent… Au-delà de toute considération économique, morale ou sociale, c’est clairement l’incertitude qui guide le marché. Corlo Cottarelli se tient en tout cas prêt pour expédier les affaires courantes en attendant soit un nouveau gouvernement soit de nouvelles élections. Et pourtant le temps presse. La question des réfugiés (avec une contribution de l’Europe à l’Italie) et les tarifs douaniers sont les sujets importants qui devraient être abordés la semaine prochaine lors du G7 qui se tiendra au Canada. Ce qui est dérangeant dans l’histoire italienne c’est que dans un pays démocratique on considère, au nom d’une morale supérieur, que le vote populaire n’est pas un bon vote. C’est exactement ce qu’a fait le président italien. Évidement qu’il a raison, mais se pose quand même une question philosophique et/ou idéologique. Comment peut-on déterminer une autorité morale et qualifier une valeur morale? Sur quelle base peut-on rejeter, quand ça nous arrange, un vote démocratique? Un terreau tout trouvé pour les populistes et autres partis antisystèmes. Un nouveau coup dur pour l’Europe. Dernière minute : Après la rédaction du billet, l’AFP a publié une nouvelle selon laquelle, finalement les populistes auraient trouvé un terrain d’entente, acceptable pour le président italien et que le démissionnaire Giuseppe Conte serait de nouveau en charge de constituer un gouvernement !!!


Olivier Armangau




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