Baisse des taux: C’est (re)parti !




Baisse des taux: C’est (re)parti !


Alors qu’un cycle de reprise, ou au moins un prolongement de cycle semblait s’amorcer, alors que les niveaux de croissance au 1er trimestre étaient moins mauvais qu’anticipés, les tensions commerciales (Trump tire tous azimuts : Chine, Mexique, Inde) entrainent de nombreuses révisions de scenarios économiques de la part des économistes.


Les indicateurs avancés ne poussent guère à l’optimisme tant dans le secteur manufacturier que dans les services. Désormais le ralentissement, voire la récession redeviennent des thèmes importants et anxiogènes.


Logiquement la baisse des taux est revenue sur toutes les lèvres, et comme en janvier Monsieur Powell, a volé au secours des marchés financiers hier dans une allocution. (Conférence sur la stratégie de politique monétaire à la FED régionale de Chicago).


Sans explicitement parler d’une baisse des taux, il a indiqué que la FED surveillait les développements commerciaux et pourrait intervenir en cas de détérioration économique consécutive à l’escalade dans cette ‘guerre’ commerciale. Quelques jours auparavant, dans une stratégie désormais bien rodée, le président de la Fed de St. Louis mentionnait sans détour une potentielle baisse des taux, brandissant les arguments habituels (tension commerciale et faiblesse de l’inflation). Le vice-président Clarida enfonçait le clou disant que la FED se tenait prête à agir si nécessaire.


Il semble donc désormais acquis que pour fêter le plus long cycle d’expansion (10 ans en juillet) des Etats-Unis, la FED baissera ces taux. Le président Trump en tirera toute la ‘gloire’ ne manquant pas de relever que c’est ce qu’il avait souhaité depuis des mois. Nouvel argument positif pour sa compagne électorale qui débutera le 16 juin.


Cette prochaine baisse des taux (juin? Juillet? Septembre? 50 ou 2 fois 25 point de base?) serait particulièrement bienvenue pour l’administration républicaine. En effet, la situation budgétaire offre peu de compatibilité avec une relance budgétaire par des dépenses accrues ou des nouvelles largesses fiscales.


Clairvoyance pour certains, navigation à vue pour d’autres, les propos de la FED satisfont le marché. Comme en janvier le marché se rassure et enregistrait hier sa plus forte hausse quotidienne en 5 mois. Le sentiment vient de virer une nouvelle fois et désormais, comme en janvier (on se répète) tout le monde ou presque trouve les valorisations attractives (ce qui n’était pas le cas lundi quand le marché baissait…). Ces revirements de situations et d’argumentations sont de plus en plus fréquents et amplifient les mouvements de marché (dans les 2 sens). Ces mouvements sont d’autant plus exacerbés que la similitude des positions est importante.


Après la Nouvelle-Zélande le mois dernier, la Malaisie et les Philippines cette année, et en attendant la prochaine baisse aux Etats-Unis, c’est l’Australie qui à agit cette semaine.


Ainsi mardi la banque centrale australienne a justifié sa décision de baisse d’un quart de point par…les tensions commerciales et l’impact de celles-ci sur la croissance des échanges commerciaux, le sentiment économique et la dynamique des investissements dans le monde.


Par ailleurs le ralentissement chinois et la dépendance australienne à cette économie (la Chine absorbe 25% des exportations australienne) ont rendu ‘nécessaire’ cette décision.


Avec un taux de croissance qui serait inferieur à 2% (en rythme annuel) pour les 3 premiers trimestres de l’année (son plus mauvais taux depuis la crise de 2008), l’Australie qui connait un cycle d’expansion depuis 28 ans, est ainsi la 1ere ‘grande’ économie à agir.


Sa situation s’est dégradée depuis quelques trimestres avec une baisse de ses rendements, une baisse de sa devise, une stagnation des salaires, une baisse des prix immobiliers (le marché immobilier australien est considéré comme un marché de bulle), une hausse du taux de chômage, une inflation modérée avec des consommateurs qui temporisent leur décision d’achat. A la différence du marché américain la baisse des taux n’a eu aucun impact sur le marché action australien.


Pour la BCE, demain, ce sera une autre histoire. Avec des taux déjà largement négatifs la marge de manœuvre est plus ténue.


La situation va obliger à des mesures non conventionnelles qui par nature auront un impact psychologique plus important sur le marché sauf que, de ‘non conventionnelles’ ces mesures sont devenues des classiques de la ‘boite à outils de la BCE’. On se contentera d’avoir des détails sur l’une d’entre elle (le TLTRO dés jeudi).


La conférence de presse sera surement délicate à mener pour garder un équilibre entre pessimisme suffisant pour justifier des interventions, mais pas trop pour ne pas faire paniquer le marché. Mario Draghi qui a forcément à cœur de réussir sa sortie (et préparer sa reconversion politique en Italie ?) ne manquera pas de délivrer ce que le marché veut entendre.


Bonne semaine,

Olivier Armangau




Les thèmes de la semaine


Marchés européens

Des mouvements contraires ont animé les marchés cette semaine. Les mauvaises nouvelles concernant les tensions commerciales n'ont pas fait le poids face à une potentielle baisse de taux de la Fed.


Les marchés européens finissent donc la période en hausse, l'Eurostoxx gagne 1.28% et la volatilité baisse avec le Vstoxx qui recule de 9.23%.



États-Unis - Chine

La Chine a donné son point de vue sur les récentes négociations avec les États-Unis au travers d'un livre blanc publié ce week-end, intitulé « position chinoise sur les consultations économiques et commerciales sino-américaines ».


Dans ce manifeste Pékin porte la faute de l'échec des négociations commerciales uniquement sur les États-Unis. Elle indique toujours ne pas être fermée aux négociations, mais elle ne se soumettra pas à la pression et elle ne cèdera pas sur des questions de principe. Bien qu'elle espère résoudre les problèmes par le dialogue plutôt que par des mesures tarifaires, elle a indiqué qu'elle se battra jusqu'au bout si nécessaire.


De plus, le vice-ministre a déclaré ne pas avoir d'information sur une rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump en marge du G20 à Tokyo en fin juin contrairement à ce que déclarait le président américain fin mai. Laissant donc sous-entendre qu'une rencontre entre les deux dirigeant n'aurait pas lieux.


Enfin, en réponse au décret américain visant indirectement Huawei, Pékin a déclaré mettre en place une « liste noire » d'entreprises, notamment américaines, qui ne seront plus autorisées à commercer avec les sociétés chinoises.

Les négociations sino-américaines sont donc bel et bien à l'arrêt sans aucunes lueurs d’espoir à ce stade.



États-Unis - Mexique

Donald Trump a déclaré ce dimanche qu'il mettrait en place des droits de douanes sur l'intégralité des exportations mexicaines vers les États-Unis. Ceux-ci commenceraient à 5% et augmenteront de 5% chaque mois à partir du 1er juillet, jusqu'à atteindre 25% tant que le Mexique ne contrôlera pas le flux d'immigrant clandestin qui rentre aux États-Unis.


Ces mesures font face à de nombreuses critiques, y compris de son propre parti, mais le « Tariff Man » a statué mardi qu'il appliquerait probablement ces nouveaux droits de douanes dès lundi prochain.


Cependant, un conseiller de la maison blanche, Peter Navarro, a annoncé que ces mesures pourraient ne pas être mis en place, soulageant ainsi les marchés. Maintenant que les États-Unis ont « l'attention des mexicains » sur la question de l'immigration clandestine, ces tarifs ne seront probablement pas nécessaires indique Navarro.


Par ailleurs, pour tenter de trouver une solution une délégation mexicaine comprenant le ministre des Affaires étrangères Marcelo Ebrard se rendra à la Maison-Blanche ce mercredi après-midi. Ce dernier échangera avec le vice-président américain, Mike Pence, au sujet des tarifs douaniers et de l'immigration.



Baisses de taux

Le président de la Réserve Fédérale de St Louis, James Bullard, a déclaré ce lundi qu’une baisse des taux américains « pourrait bientôt se justifier ». Cette déclaration n’a pas été démentie par le président de la Fed, Jerome Powell, qui a annoncé ce mardi que la Banque Centrale « agira au besoin ». Laissant sous-entendre une baisse de taux possible.


Ces déclarations marquent un revirement de bord de la Fed qui jusque-là démontrait une certaine fermeté dans le maintien des taux à leur niveau. Alors que le 29 mai, le consensus estimait à plus de 70% que les taux resteraient à leur niveau à l’issue de la réunion de la Fed de juillet, ce lundi 3 juin, les estimations sont tombées à 37%. De plus, une baisse des taux est désormais estimée à plus de 90% dès la réunion de septembre.


https://www.cmegroup.com/trading/interest-rates/countdown-to-fomc.html


Taux au plus bas

Le Bund est à son plus bas historique dans un contexte d’aversion au risque amplifié par les tensions commerciales. Ainsi le taux d’emprunt allemand, qui sert de référence sur le marché de la dette européenne, tombe à -0.226 ce mercredi.

Les taux d’emprunt aux 10 ans de l’Espagne, du Portugal ou encore de la Grèce suivent le même chemin et atteignent également leur plus bas historique.

Du côté des États-Unis, l’inversion de la courbe des taux continue de s’amplifier avec le taux aux 10 ans qui continue de baisser, atteignant 2.08 ce lundi.


Procédure disciplinaire

La commission européenne avait demandé à l’Italie la semaine dernière de lui donner des explications sur sa situation d’endettement au-delà des exigences. Dans sa réponse à Bruxelles, le ministre de l'Économie, Giovanni Tria, a attribué la hausse de la dette à un ralentissement économique et s'est engagé à respecter les règles budgétaires de l'UE dans le prochain budget.


Cependant la Commission européenne a jugé la réponse du ministre trop vague et a déclaré dans un rapport publié ce mercredi que l'Italie n'a pas suffisamment progressé dans la réduction de sa dette conformément aux règles fiscales de l'Union, justifiant qu'un processus disciplinaire soit mis en place.


Ainsi, la commission a ouvert la voie à une pénalité initiale pouvant atteindre 3.5 milliards d'euros. Mais l’ouverture de la procédure disciplinaire n'est qu'une étape d'un processus complexe, qui exige que les gouvernements de l'UE interviennent à plusieurs reprises. Alors que toute amende serait relativement faible, une réprimande officielle de la part du bloc pourrait entraîner d'autres problèmes pour l'Italie, qui est déjà secouée par les marchés financiers et en proie à des tensions au sein de son gouvernement.



Aymeric Graindorge




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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 5 juin 2019 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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