Affabulation ?




Affabulation ?


Plus que jamais le seul indicateur de marché pertinent pour les intervenants est le compte twitter du président américain. Aux grés de l’évolution des indices, ce dernier tweet en faveur ou en défaveur du S&P500. Tantôt pour mettre la pression sur Powell, tantôt pour soulager le marché action. Dans quelques années quand nous relaterons ces mouvements de marchés (sans parler de l’aléa moral magistral des banques centrales et de l’éventualité de l’hélicoptère money) on s’interrogera surement sur la pertinence des apprentissages techniques et fondamentaux. Mais passons, tout le monde s’en accommode donc ne gâchons pas la fête.


La journée de vendredi dernier nous a montré, cruellement, une fois encore que sur le dossier de la guerre commerciale non seulement rien n’est acquis (malgré la méthode Coué du président) mais surtout, loin de plier, la Chine (et pas l’échine) n’hésite pas à répliquer.


Cette journée a aussi montré que finalement, pour que la rhétorique habituelle de la baisse des taux fasse son travail, il en faut plus, beaucoup plus. Ainsi donc, vendredi lors du symposium de Jackson Hole, le président de la Fed, n’a fait que préparé à une nouvelle baisse de taux dites ‘d’assurance (et donc toujours pas de cycle baissier comme le souhaiterai le marché). Monsieur Powell a souligné que « L'incertitude de la politique commerciale semble jouer un rôle dans le ralentissement mondial et dans la faiblesse des dépenses manufacturières et en capital aux États-Unis » mais il s’est vite empressé de rappeler que « si la politique monétaire est un outil puissant qui contribue à soutenir les dépenses de consommation, les investissements des entreprises et la confiance du public, elle ne peut fournir un ensemble de règles établies pour le commerce international » . Le président américain n’a évidemment pas apprécié, lui qui appelle à une baisse des taux de 1% et s’emploie à ‘saper’ les négociations avec la Chine pour maintenir la pression sur la banque centrale.


Le marché appréciait somme toute les propos et progressait de 0.50%. Puis la Chine a annoncé ses contremesures. Le marché a perdu près de 1.80% en 30 minutes, pour finalement s’inscrire en repli de près de 2.6%, validant, une nouvelle fois, le scenario d’une escalade dangereuse dans la guerre commerciale que se livre les américains et les chinois. Des nouvelles inversions du 2 ans/10 ans n’ont rien arrangé, ancrant encore un peu plus les anticipations récessives.


A la clôture des marchés, histoire de ne pas trop charge la mule tout de même, le président américain annonçait des nouvelles hausses de tarifs, en représailles à celles annoncées le matin même par les chinois. Laissant présager un nouveau bain de sang le lundi. Finalement à l’issu d’un G7 qualifié de positif, d’une volonté d’accalmie de la part des chinois et d’un supposé appel téléphonique chinois implorant presque les américains à retourner à la table des négociations, le marché à repris quelques couleurs.


L’enseignement principal c’est que contrairement à l’idée généralement répandue, la Chine peut tout à fait s’accommoder des tensions commerciales.


Et pour plusieurs raisons : L’épisode à semble t’il décontenancé quelques peu les négociateurs chinois qui sont de plus en plus sceptique quant à la capacité du président américain de pouvoir mener des négociations.


Ensuite, même si l’économie chinoise ne croit plus à 10% elle a encore un enviable 6% de croissance

Enfin, le système politique chinois permet à ce dernier de pouvoir non seulement ‘contrôler’ la banque centrale et donc la politique monétaire (intervention sur les taux et ‘dévaluation’) mais aussi la politique budgétaire/économique.


D’un autre côté, si l’on prête aux chinois la volonté de faire durer jusqu’aux élections américaines de novembre 2020, en pariant sur la victoire d’un démocrate ce n’est pas non plus le meilleur des paris pour eux.


En effet, les démocrates sont également tout à fait favorables à une politique de fermeté à l’encontre des chinois. De même les sondages montrent que l’attitude plutôt radicale du président américain n’est pas pour déplaire à ses concitoyens.


Donc miser sur un président démocrate pour avoir une meilleure main sur les négociations ne sera peut-être pas aussi positif qu’attendu, mis à part évidement, la moindre versatilité d’un autre occupant à la maison blanche.


Pour le président américain il faut trouver un juste équilibre entre agressivité à l’endroit de la Chine et croissance économique. Alors que la FED précise comme nous l’avons vu plus haut que la politique monétaire ne peut régler tous les problèmes, le président a testé quelques annonces concernant une nouvelle relance budgétaire (il parle de « diverses réductions d’imports ») mais quelques peu problématique eu égard au déficit de 1000 milliards attendu pour 2020.


Rien ne saurait être pire pour le président actuel que la matérialisation d’une récession, accentuée par sa position dogmatique sur la Chine. Elle signerait à coup sur (en tout cas si l’on se réfère aux élections précédentes) sa non réélection. Impensable pour lui.


Pour le moment les tarifs sont indolores pour les consommateurs et tant leurs dépenses que leur moral, couplés à un marché du travail dynamique, sont garants d’une croissance solide. Mais si le ralentissement se confirme et qu’il s’accompagne en plus d’une hausse de prix des biens ‘favoris’ des américains, tout en altérant le moral des entreprises et donc freinant leurs investissements, alors la situation sera plus délicate.


Jusqu’à présent le marché action a été porté par la chute des taux d’intérêts obligataire (résultant des anticipations d’inflation et des actions des banques centrales) et par la hausse des multiples de valorisation. Bien que l’environnement macroéconomique soit moins porteur les marchés restent donc bien orientés. La saison des résultats qui s’achève tranquillement a également été un soutien. Les surprises positives ont été très largement plus importantes qu’anticipées (tant les révisions à la baisse avaient été nombreuses) et finalement la baisse des profits sur le 2nd trimestre n’aura été que de 0.40% Cet équilibre satisfaisant ne pourra certainement pas s’accommoder d’une escalade des tensions commerciale.


Et c’est finalement cette incertitude mais aussi celles lié au Brexit et à l’Italie (pour ne lister que les plus ‘évidentes’ qui devrait assurer le marché d’un soutien des banques centrales (avec certes un crédit et une marge de manœuvre désormais limité) et des États prêts à des relances budgétaires (à l’exception de l’Allemagne…pour le moment).



Olivier Armangau




Les thèmes de la semaine



Marchés européens

Les marchés européens ont connu une période assez mitigée entre l’attentisme du discours de Jerome Powell, les retournements de situation sur la guerre commerciale et les tensions politiques en Italie.

L’Eurostoxx fini la période en baisse de 0.87% tandis que la volatilité augmente de 15.23%.


Jackson Hole

Le discours du président de la banque centrale américaine, Jerome Powell, était très attendu lors du symposium économique de Jackson Hole qui avait lieu la semaine dernière.


Or son discours aura été pour le moins prudent. L'économie américaine se trouve dans une situation « favorable » et la Réserve fédérale agira de manière « appropriée » pour assurer la poursuite de l'expansion économique, a-t-il déclaré. Le président de la Fed a également souligné la difficulté de définir la politique monétaire dans un tel climat d'incertitude. Enfin, il a tout de même laissé la porte ouverte à davantage d'accommodation sans pour autant s'engager sur des mesures concrètes.


Il va sans dire que de telles déclarations ont immédiatement suscité la colère de Donald Trump qui avait appelé la Fed ces derniers jours à baisser les taux d'au moins « 100 points de base » pour soutenir l'activité. « Comme d'habitude, la Fed n'a RIEN fait ! », a déclaré le président dans un tweet. « Ma seule question est qui est notre plus gros ennemi, Jay Powell ou Président Xi ? », a-t-il lancé dans un second tweet.



Tensions franco-brésiliennes

Des incendies ravageurs en Amazonie mettent le Brésil sous le feu des projecteurs ces derniers jours. Outré par la situation alarmante, le président français avait posté sa tristesse et un appel à la prise en charge des autorités brésiliennes face à la dégradation du « poumon de la planète ». Macron avait également accusé le président brésilien d'avoir « menti » sur ces engagements envers l'accord de Paris et a annoncé qu'il s'opposait désormais à l'accord controversé de libre-échange entre l'UE et le Mercosur.


Le président brésilien n'a pas apprécié que Macron « lance des attaques déplacées et gratuites contre l'Amazonie, ni qu'il déguise ses intentions derrière l'idée d'une 'alliance' de pays du G7 pour 'sauver' l'Amazonie, comme si c'était une colonie ». Les tensions entre les deux nations semblent avoir atteint leur paroxysme ce dimanche lorsque Jair Bolsonaro a tenu des propos irrespectueux envers la femme d'Emmanuel Macron, et qu'un ministre brésilien a qualifié le président français de « crétin ».


Cette escalade menace les relations économiques des deux pays bien qu'aucun n'ait d'intérêt à cesser les échanges. Le Brésil représente le principal marché de la France en Amérique du Sud et Jair Bolsonaro entreprend un cycle de libéralisation et d'ouverture des marchés publics. De plus, cela menace l'accord Mercosur qui aura mis près de 20 ans à se conclure.


Finalement le président brésilien a accepté ce mardi l'aide internationale pour lutter contre les incendies à condition de contrôler les fonds, après avoir rejeté la veille une offre du G-7. Il n'est toutefois pas question de revoir la souveraineté de l'Amazonie. « Le point essentiel est que cet argent, une fois entré au Brésil, n'aille pas à l'encontre de la souveraineté brésilienne et que la gestion des fonds soit sous notre responsabilité », a déclaré un porte-parole du président brésilien.



Guerre commerciale

La Chine a répondu vendredi dernier aux derniers droits de douane imposés par Donald Trump en ce début août, annonçant son intention de relever les droits de douanes sur 75 milliards de dollars de produits américains. Ces nouveaux tarifs seront de 5% ou 10% sur des produits tels que les produits agricoles, le pétrole brut, les petits avions et les voitures. Ces mesures ayant pour but d'impacter directement le consommateur américain.


Donald Trump, qui n'a pas apprécié la riposte, a déclaré le jour même de l'annonce chinoise que les États-Unis augmenteraient tous leurs droits de douane de 5%. Ainsi les premiers 250 milliards de dollars taxés devraient passer de 25% à 30% et être effectifs le 1er octobre. Et la dernière vague de droits de douane devrait passer 10% à 15% et sera effective en deux phases commençant le 1er septembre puis le 15 décembre.


Ces retournements de situation inattendus ont quelque peu fait paniquer les marchés qui, face à cette escalade rapide, commençaient à se poser des questions sur la poursuite des négociations. Il n'aura fallu qu'une simple intervention de Donald Trump déclarant que tout allait pour le mieux dans les négociations avec le chinois pour que le calme revienne sur les marchés. Le président américain a annoncé lors de la rencontre au G-7 que la Chine l'avait appelé car elle était prête et voulait atteindre un accord. Paroles qui ont toutefois été démenties par Pékin ensuite.



Brexit

Le nouveau premier ministre aux commandes de la Grande-Bretagne, Boris Johnson, avait promis d'honorer le Brexit avec ou sans accord le 31 octobre prochain.


Bien que certaines avancés ont soi-disant été faites ces derniers jours lors du G-7, ‘BoJo’ déclare que la négociation avec l'UE s'avère difficile et qu'un accord ne serait surement trouvé qu'au dernier moment.


Face à cette incertitude, les partis d'opposition ont déclaré qu'ils essaieraient d'adopter une loi qui obligerait le Premier ministre à retarder le départ de la Grande-Bretagne de l'Union européenne afin d'empêcher une sortie de crise potentiellement chaotique à la fin octobre.


À désormais 65 jours de la date buttoir du Brexit et après plus de deux ans de négociation, la réalisation de ce dernier reste toujours incertaine. Et ce n’est pas la suspension du parlement décidé ce matin par le 1er ministre (et que le président de la chambre basse a qualifié de « scandale constitutionnel ») qui va arranger la situation.



Aymeric Graindorge




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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 28 août 2019 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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