L’étape éthique c’est maintenant


L’étape éthique c’est maintenant


Alors que les scientifiques semblent unanimes pour indiquer qu’il est à peu près impossible de prévoir le fameux pic des cas de contamination (pic reporté par les gouvernements à peu près tous les 6 jours), les marchés financiers témoignent pour leur part d’un optimisme important.

Les stratèges nous indiquent opportunément que l’Europe pourrait être en surperformance à court terme (les États-Unis ayant un décalage d’environ 12 jours sur ce fameux pic qui serait atteint en Europe cette semaine) mais l’élément pertinent de la semaine écoulée n’est pas là.

Ce qui est important c’est la préparation des opinions aux futurs choix.

L’étape éthique c’est maintenant.

L’intelligence artificielle implémentée dans les programmes de pilotage automatique et pour les futures voiture autonomes, est une bonne illustration du choix éthique auquel nous sommes confrontés : Dans une situation d’urgence, qui du piéton ou du mur sera choisi par la voiture? Quelles manœuvres d’évitement seront privilégiées? Celles qui préservent les occupants de la voiture ou celles qui préservent les tiers?

Depuis quelques jours, les gouvernements répondent à la question, évidemment pas directement (le politiquement correct n’a pas été éradiqué par la crise actuelle).

Et le choix, plus ou moins assumé selon les pays, est le choix de l’économie en opposition à celui de la santé.

La mise en avant d’exemples d’économies qui continuent de fonctionner (Hong-Kong, Singapour, Taiwan, Corée du Sud), qui appliquent des confinements non obligatoires (Suède, Japon) ou qui envisage une reprise (même symbolique) de l’activité (Autriche) poursuivent tous le même objectif : Sensibiliser les populations au choix économique.

Les données concernant la mortalité sont sans équivoques, depuis le début. Elles sont désormais diffusées de plus en plus souvent sans tabou, afin de dédramatiser un ‘déconfinement’ progressif et par classe d’âge.

Parce que le retour à la vie économique est également une question de santé morale et sociétale, l’opposer au coût sanitaire devient de moins en moins malaisant.

Dans la 1ère phase il fallait rassurer les populations sur la capacité des systèmes de santé (avec plus ou moins de succès malheureusement), ensuite il fallait faire montre d’une capacité de soutien (moral et financier). Désormais il faut offrir un avenir économique et donc inévitablement considérer un déconfinement progressif même en l’absence de traitement.

Et finalement ce choix éthique, qui à l’origine était totalement impensable, est désormais une alternative obligatoire mais cela s’avère être aussi un choix avec une portée positive !

Une certaine perception d’un début de la fin la crise.

A l’image de la semaine passée, le comportement du marché américain montre, s’il fallait s’en convaincre, que le retour de l’optimisme économique l’emporte très largement sur le bilan humain pourtant très conséquent et une situation sans contrôle.

Cette gestion du retour progressif à la vie économique sera accompagnée de nouveaux plans. Il s’agira cette fois davantage de plans de relance que de plans de soutien.

Nancy Pelosi a déjà évoqué un plan supplémentaire de 1 000 milliards.

En Europe, tristement, nouvelle divergence sur un plan de relance et encore davantage sur l’éventualité d’une dette collective que l’Italie appelle de ses vœux.

Les pays du nord n’en veulent pas (l’Allemagne vient d’augmenter par ailleurs très sensiblement son programme d’émission pour faire face à sa relance) et les pays du Sud la réclament. Classique !

Christine Lagarde s’époumone une fois encore pour réclamer un « total alignement des politiques budgétaires et monétaires ». En vain.

Au japon où l’état d’urgence a été déclaré ce jour (sans surprise et sans confinement obligatoire) un plan conséquent d’aide de près de 992 milliards de USD a également été annoncé.

Cette dynamique positive sera confrontée au début de la saison des résultats aux États-Unis dès le 14 avril (résultats de JP Morgan).

Depuis quelques semaines les cours de bourse ne sont que le reflet de la détresse et du soulagement des intervenants.

L’absence de visibilité sur la durée de cette pandémie et l’immense difficulté d’en mesurer les répercussions économiques ont donc ‘logiquement’ laissés la place à un marché de sentiment et d’analyses chartistes.

L’annonce des résultats, apportera certainement un contenu plus ‘fondamental’. On ne peut que s’en réjouir.



- Olivier Armangau


Les thèmes de la semaine



Marchés européens


La baisse du nombre de cas et l’espoir que le nombre de décès liés au coronavirus soit en train de ralentir ont propulsé les marchés à la hausse en ce début de semaine, effaçant la baisse de la fin de semaine précédente.


L’Eurostoxx termine la période en hausse de 2.31% et la volatilité continue de se normaliser et baisse de 6.78%.

Économies à l’arrêt … et après ?


Plus de 100 pays dans le monde avaient mis en place un confinement total ou partiel avant la fin mars 2020, et beaucoup d'autres avaient recommandé de restreindre la circulation de certains ou d’une grande partie leurs concitoyens, affectant ainsi des milliards de personnes. Initialement annoncées pour de courtes durées, généralement de deux à trois semaines, ces mesures s’avèrent plutôt être pour des durées indéterminées alors que l’endiguement du virus s’avère être plus difficile que prévu.


Si l’on prend l’expérience de la Chine (qui est désormais le 6ème pays en nombre de cas) avec le confinement de Wuhan, il aura fallu un mois de confinement pour aplatir la courbe et un mois supplémentaire afin d’atteindre une journée sans cas, puis deux semaines supplémentaires avant de lever le confinement – soit un total de deux mois et demi de confinement. Alors que des pays comme l’Italie ou l’Espagne sont bientôt à un mois de confinement, leurs nombres de cas quotidiens semblent être en voix de diminution, mais ils restent encore supérieurs à 3,000 en date du 7 avril. Ainsi, on peut estimer que ces pays nécessiteront probablement plus de temps que la Chine pour sortir définitivement de leur mesure de confinement puisque celles-ci ont été mises en place à un stade plus avancé de la propagation. De même pour les États-Unis qui ont approximativement 10/15 jours de retard sur leurs homologues européens.

Toujours avec l’exemple de la Chine, le gouvernement avait déclaré un confinement total dans les villes de la province d’Hubei et mise en place des directives de « stay-at-home » dans la majorité des grandes villes du reste du pays, représentant moins de 5% de sa population en confinement et près de 55% touché par les mesures. Aujourd’hui marque la fin du confinement à Wuhan, capitale de la province de Hubei, ce qui signifie que les personnes jusque-là bloquées dans la ville peuvent partir et rentrer chez elles. Mais la vie ne reprend pas son cours initial, des règles strictes sont toujours en vigueur pour les particuliers et les entreprises afin d'empêcher la propagation du virus à nouveau et les écoles sont toujours fermées. Wuhan est un centre important l'industrie lourde, en particulier l'automobile, et si de nombreuses grandes usines ont redémarré leur production, les petites et moyennes entreprises qui fournissent le plus d'emplois souffrent toujours du manque de travailleurs et de la demande.


Cette première d'un déconfinement démontre bien qu'une reprise de l’activité en V semble difficilement envisageable du fait de la faible demande, du poids des mesures à supporter par les entreprises et d’une continuité des mesures restrictives qui ne permettront qu’une reprise progressive. Les facteurs tels que l’ampleur et la gravité de la propagation ainsi que la durée et la sévérité des mesures d’endiguement du virus seront déterminantes dans le potentiel de reprise de l’activité.


En dehors de Chine, l'Autriche et le Danemark sont devenus les premiers pays européens à avoir annoncer, ce lundi 6 avril, des plans concrets de réouverture de leurs sociétés, en espérant qu'ils aient déjà surmonté le pire de la première vague de la pandémie.


L'Autriche prépare une « remise en marche par étapes », à partir de Pâques. Après la réouverture des petits commerces le 14 avril, tous les autres magasins devraient suivre début mai, suivis des restaurants mi-mai. Dans le même temps, les Autrichiens devront continuer à limiter leurs déplacements à l'essentiel jusqu'à la fin du mois d'avril. Au Danemark, la réouverture des crèches, écoles maternelles et primaires s’effectuera à partir du 15 avril. Les collégiens et lycéens devront, eux, attendre le 10 mai. Bars, restaurants, salons de coiffures, centres commerciaux et discothèques restent toutefois fermés, les rassemblements de plus de 10 personnes interdits, et grands rassemblements interdits jusqu’en août.


De la même manière, la France et l’Italie commencent à évoquer des possibilités de plan de sortie graduelle du confinement avec une réouverture proportionnelle des commerces et des chaînes d’approvisionnement, mais avec des déplacements toujours restreints et la mise en place de mesures sanitaires possibles telles que le port du masque obligatoire.


La récession arrive


Il est encore difficile d’estimer les impacts économiques en raison de la pandémie Covid-19 puisqu’il n’y a pas d’équivalent dans l’histoire moderne, que les données sont relativement faibles, peu fiables à ce stade et commenceront à être pertinentes après coup, que l’efficacité des mesures d’aides et de soutien prises par les états et banques centrales sont incertaines et, enfin, que la capacité d’endiguement du virus par les pays reste limitée.


Ces nombreuses incertitudes qui compliquent le fait de saisir l’ampleur de la perturbation et se ressentent dans l’ambivalence des estimations des économistes. Toutefois, une certitude est désormais bien présente, une récession mondiale est à prévoir.


En Europe, l’Allemagne et la France estiment que cette crise sanitaire causerait une récession proche ou plus importante que celle de 2008.


Le conseiller économiques du gouvernement allemand déclarait la semaine dernière que même si la plupart des restrictions sur les entreprises et les déplacements sont levées à la mi-mai, la production devrait diminuer de 2.8 % cette année, et si cela venait à se prolonger l'économie pourrait se contracter de 5.4 %. Dans les deux cas, il s'agirait de la plus importante récession depuis 2009 (-5.7%).


En France, l’INSEE décrivait fin mars qu’un mois et deux mois de confinement coûterait au pays respectivement 3 et 6 points de PIB sur l’année. Bruno Le Maire, ministre de l’économie, mettait l’emphase sur ces chiffres ce lundi en déclarant devant le Sénat que l’économie française aura une croissance économique bien en deçà de -2.9% (la croissance du PIB en 2009), ce qui marquerait la plus forte récession en France depuis 1945.


Aux États-Unis, les estimations sont relativement similaires, les économistes des principales banques d'investissement de Wall Street voient toutes le PIB se contracter d'au moins 30% en rythme annuel au cours du deuxième trimestre, ce qui représenterait une contraction d’environ 5.5% du PIB sur l'ensemble de l'année, soit la plus forte baisse annuelle depuis 1946.


Au niveau mondial, selon un nouveau rapport publié le 1er avril par les Nations-Unies, l'économie pourrait se contracter de près d'un pourcent cette année. Il semble ainsi que l’institution ait choisi une analyse conservatrice tout en précisant également que la production mondiale pourrait se contracter davantage si les restrictions imposées aux activités économiques s'étendent jusqu'au troisième trimestre de l'année et si les réponses budgétaires ne parviennent pas à soutenir les revenus et les dépenses des consommateurs. Dès lors, on peut estimer que le « best-case scenario » serait une contraction de 0.9% au niveau mondial.


Emploi américain


Nouveau chiffre record sur le nombre de demandes d’allocations chômage jeudi dernier, +6.65 millions de demandes, plus de deux fois supérieures à la semaine précédente et nettement au-dessus du consensus à 3.5 millions. Le chiffre de créations d’emplois non-agricoles de mars sorti vendredi, a montré que l'économie américaine a détruit 701,000 emplois le mois dernier, alors que le consensus anticipait une perte de -100,000, marquant un plus bas depuis mars 2009.


Dans le même esprit, le taux de chômage est ressorti à 4.4%, soit une hausse de près de 1% et nettement supérieur au 3.8% du consensus. De surcroît, le taux de participations a fortement baissé sur le mois, passant de 63.4% à 62.7%.


Ces chiffres sont particulièrement importants puisque d’une part, ils sont sortis nettement plus négatifs que les attentes du consensus et d’autre part le calcul du taux de chômage est sur la base des 12 premiers jours du mois et ne comprend donc pas les derniers chiffres de demande d’allocation. Tout laisse à penser que le taux de chômage d’avril sera donc en forte hausse également, le consensus estime actuellement qu’il s’élèvera à 9%.


L'ancienne présidente de la Réserve fédérale Janet Yellen a un point de vue plus extrême encore, elle a déclaré ce lundi dans une interview à CNBC, qu’avec des données en temps réelles, le taux de chômage atteindrait probablement 12 ou 13% à l'heure actuelle et qu’il continuait d’augmenter.


Enfin, de façon plus prospective, l'économie américaine pourrait perdre 21 millions d'emplois au cours du deuxième trimestre selon les économistes de Morgan Stanley, ce qui porterait le taux de chômage à 15.7% - un niveau jamais atteint depuis la récession de 1937 avec un pic de chômage à 19%.



L'or noir


Le pétrole a connu sa meilleure journée jeudi dernier avec une hausse de 24.7% sur le WTI, grâce à l'espoir d'un accord entre la Russie et l'Arabie saoudite pour limiter les quantités de production. Les États-Unis et le Canada ont d’ailleurs évoqué la possibilité de fixer des taxes sur le pétrole saoudien et russe si aucun accord n'était trouvé afin de leur forcer la main et de limiter cette situation de surproduction.


Réunion de l’OPEP+ initialement prévue ce lundi a été repoussée à jeudi 9 avril.


Cependant, il semble que même si un accord est trouvé, une réduction de la production ne suffira pas à combler l’effondrement de la demande mondiale qui serait retomber aux niveaux de 2005 selon les données de Citigroup et de l'IEA.

- Aymeric Graindorge



IMPORTANT DISCLAIMER

Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 8 avril 2020 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

© 2019 par La Financière Constance Inc.

Logo35.PNG