337 milliards de dollars




337 milliards de dollars


Les chiffres de l’emploi de vendredi sont une nouvelle confirmation de la vigueur économique américaine. Malgré les révisions à la baisse pour les 2 mois précédents, et un taux de participation jugé décevant, il ne faut pas bouder son plaisir. Non seulement la croissance des salaires annuels (salaire moyen du secteur privé non agricole) est plus importante que prévue (2.9% sur l’année contre 2.8% de consensus et 2.7% le mois précédent), mais surtout une partie très importante des emplois à mi-temps ont été convertis à temps plein. Les emplois partiels sont ainsi revenus au niveau de 2007. C’est un socle supplémentaire pour la consommation américaine et donc un nouveau soutien pour la croissance du PIB. Avec une inflation qui continue de s’apprécier, mais sans inquiéter la FED (le meilleur des mondes), un tel rapport sur l’emploi devrait conforter la FED pour une 4eme hausse des taux pour décembre (après celle qui est anticipée par près de 99% des opérateurs pour la réunion du 25 et 26 septembre). A la différence du mois de février, cette progression plus forte qu’attendu des salaires n’a pas engendré d’anticipation de surchauffe économique ni de stress particulier sur les marchés actions et obligataires. Certes le 10 ans américains s’est apprécié sur l’annonce, mais sa hausse est bridée par le thème des tarifs douaniers. Avec l’incertitude que ceux-ci font peser (Trump qui menace de sortir de l’OMC, la Chine qui demande à ce même OMC l’autorisation d’imposer des sanctions, escalade et surenchères) et ses potentielles conséquences sur la croissance mondiale, le 10 ans est ‘victime’ de son statut d’actif refuge. Chaque tension entre la Chine et les États Unis se traduisant par une baisse du marché action et une baisse du rendement du 10 ans. A l’inverse chaque bonne statistique américaine se traduit par une hausse du 10 ans. Faisant fi du ‘bruit’, la tendance est néanmoins à la hausse. Logiquement le dégonflement de la bulle de liquidité par les banques centrales pousse les taux à la normalisation, ou au moins à un moindre excès. Avec un déficit commercial cumulé des États Unis de USD 337.88 milliards en juillet (dernières statistiques publiées), l’administration Trump joue sur du velours. L’argumentation simpliste et démagogique du America First qui trouve dans les tarifs douaniers une réponse tout aussi simpliste, a de l’avenir, tout au moins jusqu’aux élections de mi-mandat. Pourtant, les chiffres de juillet qui sont ‘épouvantables’ pour le président Trump, ne sont simplement que le reflet d’un problème structurel occidental, et la conséquence d’une frénésie de consommation. Imposer des tarifs sur des biens qui de toute façon ne seront plus jamais produits aux États Unis (parce que la rentabilité y serait impossible ou limité, ou plus simplement parce que l’outils de production n’y existe plus) c’est le chemin le plus rapide vers une augmentation pernicieuse de l’inflation, via l’inflation importée, la plus délicate à gérer, car exogène. Structurellement les américains cumulent du déficit commercial et celui ci a eu tendance à augmenter avec la frénésie consumériste qui caractérise la fin du 20eme siècle. Balance commerciale américaine Les chiffres de juillet sont d’autant plus ‘ énervants’ pour le président américain, qu’une partie des tarifs douaniers à l’encontre de la Chine et de l’Europe étaient déjà en vigueur…et donc sans aucune conséquence sur les flux. Une réponse à cette situation peut se trouver dans les mouvements du USD contre l’euro et le renminbi. Ainsi la Chine, en laissant, très adroitement, se déprécier sa devise, contient son éventuelle perte de compétitivité du fait de la hausse des tarifs. Et comme cette dépréciation est mesurée, cela ne provoque pas de sortie de capitaux. Continuant la migration de son économie (moins tournée vers l’extérieur mais plus centrée sur une demande interne et une montée en gamme de ses productions) la Chine est davantage encline à accroitre sa compétitivité. Naturellement parce que c’est l’essence d’une entreprise, mais aussi parce que l’amélioration de la compétitivité (productivité et/ou qualité des produits) est le moyen le plus pertinent pour lutter contre la hausse des tarifs qui pourrait être imposée. Comme on pouvait si attendre, plus on s’approchera des élections de mi-mandat, et plus le président Trump (en perte de vitesse dans les sondages d’opinion avec seulement 41% d’opinion favorable) et le parti républicain feront feu de tout bois pour tenter de rattraper une situation. Ainsi, les républicains de la chambre des représentant médiatisent leurs mesures d’accompagnement de la réforme fiscale de 2017. Présentée comme la réforme fiscale 2.0 celle-ci a vocation d’accentuer davantage les baisses d’impôt. Ce qui relance le débat sur le déficit fédéral et…le shut down ! Encore plus si, comme dans 90% des élections de mi-mandat, le parti du président au pouvoir perd l’une des 2 chambres. Ce que le marché trouverait en réconfort sur l’abandon de la rhétorique belliqueuse a l’égard de la Chine et de l’Europe en cas de défaite des républicains, pourrait être compenser par un nouveau stress sur le shut down ou une éventuelle procédure de destitution, voire un blocage systématique. La corrélation positive entre la volatilité et le marché (aux États-Unis) plutôt inédite, est certainement l’illustration d’une meilleure appréciation du prix du risque. Il est certainement trop tôt pour y avoir les prémisses d’autre chose qu’un simple ajustement, une sorte de normalité dans le comportement des acteurs. La disparation des populaires ETP de vente de volatilité contribue également à cette situation.



Olivier Armangau




Les thèmes de la semaine

Suède Le centre-gauche des Social Democrats, des Verts et de le parti de gauche ont obtenu 40.6% des voix contre 40.3% pour l’opposition du centre-droit, l’Alliance. Sur les 349 sièges du parlement, cela représente 144 sièges pour le centre-gauche et 142 pour le centre-droit. Face à ces deux gros blocs, le parti des Démocrates de Suède (SD) arrive troisième avec 17.6% des voix, acquérant ainsi 63 sièges au parlement. Avec cette fragmentation du paysage politique, la Suède pourrait bien être confrontée à de longs pourparlers avant de s’entendre sur la formation du prochain gouvernement. D’un côté, les deux blocs ont avancé qu’ils ne traiteraient pas avec le SD. Et de l’autre, le SD a déclaré qu’il s’opposerait fermement à tous les gouvernements qui ne lui permettraient pas d’exercer son influence. Il est intéressant de relever que la dette souveraine n’a que très légèrement bougée malgré les résultats de ces élections et que les marchés financiers sont restés de marbre. Même si de tel résultats étaient attendus, ce fut un soulagement qu’il ne soient pas aussi élevés que ne le supposaient les observateurs. Cela confirme néanmoins la montée inexorable de l’euroscepticisme et du nationalisme en Europe.


Italie L’Italie tente de rassurer les investisseurs alors que les budgets sont toujours en préparation. Le premier ministre, Matteo Salvani, a déclaré samedi dernier que l’Italie respectera les règles budgétaires de l’UE. De plus, le ministre des Finances, Giovanni Tria, a annoncé que les taux obligataires italiens devraient chuter dès lors que le gouvernement implantera ses politiques économiques. Le marché adhère et le 10 ans italiens revient sur ses niveaux de fin juillet, passant de 3.23% à 2.79%.


Brexit Retournement de situations du côté du Brexit. Alors que les deux parties annonçaient se préparer à un Brexit sans accord compliquant les négociations, l’espoir d’un accord ressurgi. Le négociateur en chef du Brexit, Michel Barnier, a estimé lundi qu'il était "réaliste" de s'attendre à un accord dans un délai de six à huit semaines. Ceci arriverait donc après le sommet européen de mi-octobre mais il évoque la possibilité d’un sommet extraordinaire au cours de novembre. Guerre Commerciale :


États-Unis vs Chine Alors même que la menace de l’administration Trump sur l’imposition de 25% de 200 milliards de dollars de produits chinois est toujours en attente de validation. Trump a annoncé vendredi avoir de nouveaux droits de douanes prêt à être mis en place. Ces droits de douanes toucheraient un autre 267 milliards de dollars de produits chinois. Afin de remettre en contexte, si ces dernières menaces de droits de douane finissaient par être appliqués, les États-Unis imposeraient l’équivalant de 517 milliards de dollars de produits chinois importés dans le pays. Au cours de l’année 2017, la Chine a exporté 505.6 milliards de dollars de produits aux Etats-Unis et les exportations chinoises ont augmentées à une moyenne de 5% annuel au cours des 10 dernières années. Ainsi les droits de douane représenteraient pratiquement l’intégralité exportations chinoises de 2018. Dans un énième rebondissement, les États Unis semblait vouloir calmer le jeu en proposant un nouveau tour de négociation avec les chinois avant de considérer des tarifs…additionnels. Le marché rebondissait sur la nouvelle.


États-Unis vs Canada Les discussions sur l’ALENA continuent encore entre le Canada et les États-Unis. La ministre des affaires étrangères canadienne, Chrytia Freeland, dit que les discussions sont toujours constructives et productives. Une source canadienne a déclaré que les négociations pourraient continuer jusqu’à la fin du mois et que les chances de trouver un accord augmentaient.


États-Unis vs Europe Un émissaire américain envoyé en Europe a annoncé vendredi que L’Europe et les États- Unis devaient dépasser leurs mésententes commerciales et s’unir pour s’opposer a ‘’l’agression économique’’ chinoise. Les récentes impositions de droits de douane, le retrait de l’accord nucléaire iranien et l’insistance sur l’augmentation des dépenses militaires européennes ont refroidi une longue relation transatlantique cordiale. Malgré cela, Bruxelles partage ses préoccupations sur le marché fermé de la Chine mais ne partage pas la vision américaine pour remédier à ce problème. Ce lundi les deux partis se sont rencontré à Bruxelles sur un potentiel accord commercial et ont également engagé les discussions sur les solutions face aux préoccupations de la politique commerciale chinoise.


États-Unis vs Japon Les négociations ont commencé vendredi dernier entre les États-Unis et le Japon et Trump a déclaré que Tokyo ‘’sait que c’est un gros problème’’ si aucun accord ne peut être trouvé. S’il y a bien une certitude, c’est que le président Trump ne change pas ses méthodes…



Aymeric Graindorge




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Ce rapport est publié par La Financière Constance Inc. (LFC) le 12 septembre 2018 et s'adresse principalement aux investisseurs institutionnels. Il est fourni à titre de source générale d'information et ne doit pas être considéré comme un conseil en placement, une prévision ou une recherche, et ne constitue pas une recommandation, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de titres dans un territoire quelconque ou d'adoption d'une stratégie de placement. L'information contenue dans ce rapport provient de sources jugées fiables ; cependant, l'exactitude et/ou l'exhaustivité de l'information n'est pas garantie par LFC, et LFC n'assume aucune responsabilité ou obligation de quelque nature que ce soit. Toutes les opinions exprimées sont sujettes à changement sans préavis. Les stratégies et véhicules d'investissement de LFC peuvent actuellement détenir des positions longues et/ou courtes sur les titres et dérivés mentionnés dans ce rapport. Le rendement passé n'est pas indicatif du rendement futur. Le présent rapport peut contenir des "informations prospectives" qui ne sont pas de nature purement historique. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur et comportent des risques et des incertitudes inhérents aux facteurs économiques généraux. Rien ne garantit que les énoncés prospectifs se réaliseront. Nous vous mettons en garde de ne pas vous fier indûment à ces énoncés, car un certain nombre de facteurs importants pourraient faire en sorte que les événements ou les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans tout énoncé prospectif formulé. Ce rapport ne peut être reproduit, distribué ou publié sans le consentement écrit de LFC.

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